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Histoire & récits

Les personnages qui ont fait Paris : rois, bâtisseurs et visionnaires

En bref — Les personnages qui ont fait Paris ne sont pas seulement des rois. Aux côtés de Philippe Auguste, d’Henri IV ou de Napoléon, la ville doit beaucoup à des administrateurs et à des ingénieurs : le préfet Haussmann et ses collaborateurs Alphand et Belgrand, le préfet Poubelle, Fulgence Bienvenüe, père du métro. Portraits de ceux dont les décisions structurent encore votre quotidien, du nom de votre rue au bac à ordures au pied de l’immeuble.

On habite une rue qui porte leur nom, on prend un métro qu’ils ont voulu, on se promène dans un parc qu’ils ont dessiné : ces figures sont partout. Voici une galerie de portraits, des fondateurs aux planificateurs du XXe siècle. Elle complète notre dossier sur l’histoire de la capitale et ses lieux de mémoire.

Geneviève et Clovis, les figures fondatrices

Patronne de Paris, sainte Geneviève (vers 420-vers 502) est connue par une Vie rédigée peu après sa mort. La tradition lui attribue d’avoir convaincu les Parisiens de ne pas fuir devant les Huns en 451 : un récit édifiant plus qu’un fait vérifiable. Clovis, roi des Francs, fait de Paris le centre de son pouvoir vers 508 et y est inhumé en 511, dans une basilique qui deviendra l’abbaye Sainte-Geneviève. Son clocher, dit « tour Clovis », se dresse aujourd’hui dans l’enceinte du lycée Henri-IV, à deux pas du Panthéon.

Philippe Auguste et Étienne Marcel : le roi et la ville

Roi de 1180 à 1223, Philippe Auguste est le premier souverain à faire de Paris une véritable capitale. En 1190, avant de partir en croisade, il ordonne la construction d’une enceinte englobant les deux rives et fait édifier la forteresse du Louvre, dont les fondations sont encore visibles sous le musée. On lui doit aussi l’installation des Halles (1183) et, selon le chroniqueur Rigord, le pavage des principales rues. En 1200, il accorde aux maîtres et aux étudiants des privilèges qui fondent l’essor de l’université.

Face au pouvoir royal, la ville a ses propres chefs. Prévôt des marchands, Étienne Marcel achète en 1357 la « maison aux Piliers », sur la place de Grève, pour y réunir la municipalité : l’Hôtel de Ville n’a plus quitté cet emplacement. Mêlé à la révolte contre le dauphin, il est tué en 1358. Sa statue équestre veille aujourd’hui sur les berges, près de l’Hôtel de Ville.

Henri IV et les reines Médicis : places et jardins

En 1564, Catherine de Médicis lance le palais des Tuileries et son jardin, à l’ouest du Louvre. Son gendre Henri IV, entré dans Paris en 1594, pense la ville en urbaniste : il achève en 1607 le Pont-Neuf, commencé sous Henri III, premier pont sans maisons et doté de trottoirs ; il crée la place Dauphine et la place Royale, future place des Vosges, aux façades uniformes de brique et de pierre. Après son assassinat, rue de la Ferronnerie, le 14 mai 1610, sa veuve Marie de Médicis fait aménager le jardin et bâtir le palais du Luxembourg, puis le Cours-la-Reine, promenade au bord de la Seine.

Louis XIV, Colbert et La Reynie : prestige et lanternes

Louis XIV quitte Paris pour Versailles en 1682, mais marque la ville : hôtel des Invalides, colonnade du Louvre, places des Victoires et Vendôme, et surtout la démolition des remparts de la rive droite à partir de 1670, remplacés par des boulevards plantés. Son ministre Colbert pilote ces chantiers. Moins connu, Gabriel Nicolas de La Reynie, premier lieutenant général de police à partir de 1667, s’attaque à l’insécurité et à l’obscurité en généralisant l’éclairage des rues par des lanternes. Certains y voient l’une des origines du surnom de « Ville lumière ».

Napoléon, Rambuteau, Haussmann : le siècle des préfets

Napoléon Ier dote Paris d’outils modernes : cimetière du Père-Lachaise (1804), numérotation des immeubles avec les numéros pairs d’un côté et impairs de l’autre (1805), canal de l’Ourcq pour l’eau. Sous la monarchie de Juillet, le préfet Rambuteau (1833-1848) aère le centre, plante des arbres et installe les premiers urinoirs publics.

Le binôme Napoléon III–Haussmann change ensuite d’échelle. Préfet de la Seine de 1853 à 1870, Haussmann, issu d’une famille protestante d’origine alsacienne au patronyme germanique, s’entoure d’hommes clés : Jean-Charles Alphand pour les parcs, Eugène Belgrand pour l’eau et les égouts, Gabriel Davioud pour les kiosques et les fontaines. Contesté pour le coût de ses travaux, il est congédié en janvier 1870. Pour mesurer l’ampleur de son œuvre, replacez-la dans l’évolution urbaine de Paris au fil des siècles.

Ingénieurs et visionnaires, de Poubelle à Delouvrier

La Belle Époque consacre les ingénieurs. Gustave Eiffel signe la tour de l’Exposition de 1889, critiquée avant de devenir un symbole. Le préfet Eugène Poubelle impose par un arrêté de 1883 les récipients à ordures qui portent son nom. L’ingénieur Fulgence Bienvenüe conduit la construction du métro, dont la première ligne ouvre le 19 juillet 1900 ; la station Montparnasse-Bienvenüe lui rend hommage, tandis qu’Hector Guimard dessine les entrées Art nouveau.

Au XXe siècle, les visionnaires sont des planificateurs. Délégué général au district de la région de Paris à partir de 1961, Paul Delouvrier porte le schéma directeur de 1965, les villes nouvelles et le RER. Georges Pompidou associe son nom au centre de Beaubourg et à la voie express rive droite, symbole d’une ville adaptée à l’automobile.

Nos conseils pour les croiser au quotidien

  • Lisez les plaques de rue : rue Rambuteau, boulevard Haussmann, rue Belgrand, rue Colbert… Le site de la Ville indique l’origine du nom de chaque voie.
  • Buvez à une fontaine Wallace : offertes à partir de 1872 par le philanthrope britannique Richard Wallace, elles rappellent qu’un particulier a lui aussi marqué la ville.
  • Regardez les statues : celle d’Henri IV sur le Pont-Neuf, fondue en 1792, a été refaite en 1818.
  • Mesurez le revers des grands chantiers : des quartiers entiers ont été rasés, comme le raconte notre plongée dans le Paris disparu et ses lieux effacés.

Questions fréquentes

Qui a le plus transformé Paris ?

Le baron Haussmann, préfet de la Seine de 1853 à 1870, est le plus souvent cité. Mais Philippe Auguste, Henri IV ou les planificateurs des années 1960 ont eux aussi durablement modifié la ville.

Pourquoi les poubelles s’appellent-elles ainsi ?

Elles doivent leur nom au préfet de la Seine Eugène Poubelle, qui imposa en 1883 aux propriétaires de fournir des récipients pour les ordures ménagères.

Qui a construit le métro de Paris ?

L’ingénieur Fulgence Bienvenüe en a dirigé la construction ; la ligne 1 a ouvert le 19 juillet 1900. Les célèbres entrées Art nouveau sont l’œuvre de l’architecte Hector Guimard.

Qui est la sainte patronne de Paris ?

Sainte Geneviève, morte vers 502 et fêtée le 3 janvier. Elle est vénérée à l’église Saint-Étienne-du-Mont, qui conserve une pierre de son tombeau.

Sources

  • Musée Carnavalet – Histoire de Paris.
  • Archives de Paris.
  • Bibliothèque nationale de France (Gallica).
  • La rédaction de magazine-paris-berlin.com.

Pour aller plus loin : Quartier des Halles : Innocents, rue de la Ferronnerie, Saint-Eustache ; City-guide : bonnes adresses autour de la place des Vosges.

Qui se cache derrière le nom de votre rue ?
Poursuivez avec l’ensemble de nos récits d’histoire parisienne ou découvrez comment la ville a grandi, de rempart en rempart.

Dates et attributions données d’après les sources historiques de référence ; certains récits anciens, notamment sur les origines, relèvent de la tradition plus que du fait établi.

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