magazine-paris-berlin.com
Image default
Histoire & récits

Paris sous l’Occupation : la vie quotidienne de 1940 à 1944

En bref — Paris sous l’Occupation, du 14 juin 1940 au 25 août 1944, c’est une ville soumise à l’administration militaire allemande, au rationnement, au couvre-feu et à l’heure allemande. C’est aussi le lieu de la persécution des Juifs, dont la rafle du Vél d’Hiv des 16 et 17 juillet 1942, menée par la police française, et celui d’une Résistance multiple, jusqu’à l’insurrection d’août 1944. Ces quatre années ont laissé dans la ville des lieux de mémoire que les Parisiens croisent chaque jour.

Plaques sur les écoles, noms de rues, impacts de balles sur certains murs du Quartier latin : l’Occupation reste inscrite dans la ville. Voici comment les Parisiens ont vécu ces quatre années et ce qu’il en demeure aujourd’hui. Ce récit fait partie de notre rubrique histoire de Paris.

Juin 1940 : une ville vidée, puis occupée

Au début de juin 1940, devant l’avancée allemande, le gouvernement quitte Paris et des centaines de milliers d’habitants prennent la route de l’exode. Parmi eux, le philosophe berlinois Walter Benjamin, exilé depuis 1933, qui laisse inachevé son grand projet sur les passages couverts parisiens. Déclarée ville ouverte pour lui épargner les combats, la capitale voit entrer la Wehrmacht le 14 juin 1940. L’armistice est signé le 22 juin : Paris se trouve en zone occupée, tandis que le régime du maréchal Pétain s’installe à Vichy. Une partie des Parisiens revient dans les semaines suivantes.

Une capitale administrée par l’occupant

Le commandement militaire allemand en France s’installe à l’hôtel Majestic, avenue Kléber, et le commandant du Grand Paris à l’hôtel Meurice, rue de Rivoli. Les services de police allemands occupent notamment des immeubles de l’avenue Foch et de la rue des Saussaies. Les horloges passent à l’heure allemande, un couvre-feu est instauré, des panneaux indicateurs en allemand apparaissent aux carrefours. L’administration française, préfecture de police comprise, continue de fonctionner et applique les ordonnances allemandes comme les lois de Vichy.

Le quotidien : rationnement, files d’attente et système D

À partir de l’automne 1940, les cartes de rationnement régissent l’alimentation, avec des catégories selon l’âge et l’activité. Rutabagas et topinambours remplacent des denrées introuvables, le marché noir prospère pour ceux qui peuvent payer. Faute d’essence, les voitures disparaissent presque des rues : on circule à vélo, en vélo-taxi ou en métro, bondé. Les hivers rigoureux du début de l’Occupation aggravent la pénurie de charbon. Cinémas, théâtres et cabarets restent ouverts sous le contrôle de la censure allemande.

La persécution des Juifs et la rafle du Vél d’Hiv

Dès l’automne 1940, les Juifs de Paris sont recensés, puis exclus de nombreuses professions par les ordonnances allemandes et le statut des Juifs édicté par Vichy. Les premières arrestations massives ont lieu en mai et en août 1941 ; le camp de Drancy ouvre en août 1941. À partir du 7 juin 1942, le port de l’étoile jaune est imposé en zone occupée. Les 16 et 17 juillet 1942, la rafle du Vél d’Hiv, décidée avec les autorités allemandes et exécutée par la police française, conduit à l’arrestation de 13 152 personnes, dont plus de 4 000 enfants, selon les archives de la préfecture de police. Une grande partie est enfermée plusieurs jours au Vélodrome d’Hiver, dans le 15e, avant d’être transférée vers Drancy et les camps du Loiret, puis déportée vers Auschwitz. Au total, environ 76 000 Juifs sont déportés de France ; très peu reviennent. Le 16 juillet 1995, le président Jacques Chirac reconnaît la responsabilité de l’État français dans ces crimes.

Résister à Paris

La Résistance parisienne prend des formes multiples. Le 11 novembre 1940, lycéens et étudiants manifestent à l’Étoile. Le réseau dit du musée de l’Homme, l’un des premiers, est démantelé en 1941. Le 21 août 1941, le futur colonel Fabien abat un militaire allemand à la station Barbès ; la répression par l’exécution d’otages s’intensifie, notamment au Mont-Valérien, à Suresnes, où plus d’un millier de résistants et d’otages sont fusillés pendant la guerre. Le 27 mai 1943, Jean Moulin réunit pour la première fois le Conseil national de la Résistance, rue du Four. En février 1944, les membres du groupe Manouchian, résistants communistes, pour beaucoup étrangers, sont fusillés après un procès de propagande illustré par l’« Affiche rouge » ; Missak et Mélinée Manouchian sont entrés au Panthéon en 2024.

Août 1944 : l’insurrection et la Libération

Le 10 août 1944, les cheminots se mettent en grève, suivis le 15 par les policiers. Le 19 août, l’insurrection éclate : les FFI, dirigés en Île-de-France par le colonel Rol-Tanguy depuis un poste de commandement souterrain sous la place Denfert-Rochereau, occupent des bâtiments publics ; des barricades se dressent. Le 24 au soir, un premier détachement de la 2e division blindée du général Leclerc, comptant de nombreux républicains espagnols, atteint l’Hôtel de Ville. Le 25 août, le général von Choltitz capitule, et le général de Gaulle prononce à l’Hôtel de Ville son discours « Paris outragé, Paris brisé, Paris martyrisé, mais Paris libéré ! ». Les ponts de la Seine sont intacts, un fleuve dont nous retraçons ailleurs la longue histoire au cœur de Paris. L’image d’un général allemand qui aurait « sauvé Paris » en désobéissant à Hitler, popularisée après-guerre, est aujourd’hui fortement nuancée par les historiens.

Nos conseils pour percevoir cette mémoire au quotidien

  • Lisez les plaques « Ici est tombé… » : elles rappellent les combattants et les civils tués en août 1944, souvent fleuries lors des commémorations.
  • Regardez les façades des écoles : depuis la fin des années 1990, des plaques y rappellent les élèves juifs déportés.
  • Prenez le temps d’un lieu de mémoire : le Mémorial de la Shoah, dans le Marais, et le musée de la Libération de Paris, place Denfert-Rochereau, où l’on peut voir le poste de commandement de Rol-Tanguy.
  • Prolongez par l’histoire franco-allemande : ce passé est aussi le point de départ d’une réconciliation que retrace l’histoire commune de la France et de l’Allemagne.

Questions fréquentes

Combien de temps a duré l’Occupation de Paris ?

Un peu plus de quatre ans, de l’entrée des troupes allemandes le 14 juin 1940 à la capitulation de la garnison le 25 août 1944.

Qu’est-ce que la rafle du Vél d’Hiv ?

C’est l’arrestation, les 16 et 17 juillet 1942, de 13 152 Juifs par la police française, en accord avec l’occupant. Beaucoup furent enfermés au Vélodrome d’Hiver avant d’être déportés vers Auschwitz.

Qui a libéré Paris en août 1944 ?

Les FFI et les policiers insurgés à partir du 19 août, puis la 2e division blindée du général Leclerc, rejointe le 25 août par des troupes américaines.

Où découvrir l’histoire de l’Occupation à Paris ?

Au musée de la Libération de Paris – musée du Général Leclerc – musée Jean Moulin, au Mémorial de la Shoah et au Mont-Valérien, à Suresnes.

Sources

  • Mémorial de la Shoah.
  • Musée de la Libération de Paris – musée du Général Leclerc – musée Jean Moulin.
  • Ministère des Armées, Chemins de mémoire.
  • Archives de la préfecture de police.

Pour aller plus loin : Mémorial de l’Holocauste à Berlin : histoire, visite et infos.

Vous souhaitez comprendre l’histoire de votre quartier ?
Retrouvez tous nos récits sur le passé parisien et découvrez l’histoire des passages couverts, de leur naissance à leur renaissance.

Chiffres et dates issus des travaux historiques et des institutions de mémoire ; certains bilans peuvent encore être précisés. Accès aux lieux cités à vérifier auprès de chaque institution.

A lire aussi

Histoire de Paris : récits, époques et lieux de mémoire

administrateur

L’histoire des grands boulevards : de l’enceinte aux théâtres

administrateur

Les personnages qui ont fait Paris : rois, bâtisseurs et visionnaires

administrateur

L’histoire de la Seine : le fleuve qui a fait Paris

administrateur

Paris disparu : ces lieux qui n’existent plus

administrateur

Les légendes et mystères de Paris : récits et histoires étranges

administrateur