Peu de pays ont été aussi souvent ennemis, puis aussi étroitement liés, que la France et l’Allemagne. Pour qui vit à Paris avec un pied outre-Rhin, connaître cette histoire aide à comprendre bien des sensibilités, des deux côtés. Voici les grandes étapes, et les lieux parisiens qui les racontent. Cet article complète notre rubrique Paris et Berlin.
Aux origines : un empire partagé
Charlemagne, que les Allemands appellent Karl der Große, régnait depuis Aix-la-Chapelle sur un empire englobant une grande partie des deux pays actuels. En 842, deux de ses petits-fils scellent une alliance par les serments de Strasbourg, prononcés en langue romane et en langue tudesque : l’un des plus anciens textes de l’histoire du français. L’année suivante, le traité de Verdun partage l’empire entre trois frères. La Francie occidentale et la Francie orientale préfigurent la France et l’Allemagne.
Charlemagne est ainsi revendiqué par les deux nations. Ce n’est pas un hasard si le traité franco-allemand de 2019 a été signé à Aix-la-Chapelle.
Des siècles d’échanges : huguenots, Lumières et exilés
En 1685, la révocation de l’édit de Nantes pousse des milliers de protestants français à l’exil. Par l’édit de Potsdam, le Grand Électeur de Brandebourg les accueille : les huguenots forment bientôt une part importante de la population berlinoise. On leur doit l’église française du Gendarmenmarkt, le Collège français fondé en 1689 et, dit-on, quelques mots du parler berlinois, comme Bulette ou Budike.
Au siècle suivant, Frédéric II de Prusse écrit en français et reçoit Voltaire à Potsdam, de 1750 à 1753. Puis le mouvement s’inverse : au XIXe siècle, Paris attire poètes, musiciens et penseurs allemands, à commencer par Heinrich Heine, installé en 1831.
1806-1945 : le temps des affrontements
En octobre 1806, après la victoire d’Iéna, Napoléon entre dans Berlin et fait emporter à Paris le quadrige de la porte de Brandebourg, rendu en 1814. La place qui s’étend devant la porte prend alors le nom de Pariser Platz.
La guerre de 1870 marque un tournant : Paris est assiégé, l’Empire allemand est proclamé le 18 janvier 1871 dans la galerie des Glaces de Versailles et l’Alsace-Moselle est annexée. Dans la même galerie, le traité de Versailles clôt en 1919 la Première Guerre mondiale.
De juin 1940 à août 1944, Paris vit sous l’Occupation allemande : privations, censure, persécution et déportation des Juifs — dont la rafle du Vél d’Hiv, en juillet 1942, exécutée par la police française —, mais aussi Résistance, jusqu’à la Libération du 25 août 1944. Nous consacrons un article entier à la vie quotidienne dans Paris occupé.
La réconciliation, pas à pas
Le 9 mai 1950, dans le salon de l’Horloge du Quai d’Orsay, Robert Schuman propose de mettre en commun la production de charbon et d’acier : c’est l’acte de naissance de la construction européenne. En septembre 1962, le général de Gaulle s’adresse en allemand à la jeunesse allemande à Ludwigsburg. Le 22 janvier 1963, il signe avec Konrad Adenauer le traité de l’Élysée, qui crée notamment l’OFAJ.
Les gestes symboliques suivent : en 1984, François Mitterrand et Helmut Kohl se tiennent la main devant l’ossuaire de Douaumont, près de Verdun. En 2006 paraît le premier volume d’un manuel d’histoire franco-allemand, utilisé dans les lycées des deux pays.
Berlin, où la France fut aussi chez elle
De 1945 à 1990, Berlin-Ouest est partagé en trois secteurs occidentaux. Le secteur français couvre, au nord, les districts de Wedding et de Reinickendorf. Pendant le blocus de 1948-1949, l’aéroport de Tegel y est aménagé en quelques mois pour ravitailler la ville. Les troupes françaises quittent Berlin en 1994 ; quelques noms de lieux, comme la Cité Foch, en gardent la trace.
Si vous partez sur place, notre guide Berlin pour les Parisiens vous aidera à lire la ville, de ses anciens secteurs à ses Kiez d’aujourd’hui.
Lire cette histoire dans Paris
- Stations Liège et Jaurès : elles s’appelaient « Berlin » et « Allemagne » jusqu’en 1914, rebaptisées au début de la Grande Guerre, tout comme la rue de Berlin, devenue rue de Liège.
- Hôtel de Beauharnais, rue de Lille : acquis par la Prusse en 1818, il est aujourd’hui la résidence de l’ambassadeur d’Allemagne.
- Mémoriaux : le Mémorial de la Shoah, dans le Marais, le Mémorial des martyrs de la Déportation, à la pointe de l’île de la Cité, et le Mont-Valérien, à Suresnes.
- Institut historique allemand, dans le Marais : ses conférences publiques font dialoguer historiens des deux pays.
Nos conseils pour aller plus loin
- Lisez le manuel franco-allemand : il montre comment chaque pays raconte les mêmes événements.
- Échangez avec délicatesse : les mémoires familiales restent sensibles, des deux côtés ; écoutez avant de comparer.
- Accédez aux sources : lire témoignages et archives dans le texte est une belle motivation pour apprendre l’allemand à Paris.
- Profitez des Journées européennes du patrimoine pour découvrir des lieux habituellement fermés, comme le Quai d’Orsay.
Questions fréquentes
Pourquoi dit-on que Charlemagne appartient aux deux pays ?
Parce que son empire couvrait une grande partie de la France et de l’Allemagne actuelles, et que son partage en 843 a donné naissance aux royaumes dont sont issus les deux pays.
Qu’a changé le traité de l’Élysée ?
Signé en 1963, il a institué des consultations régulières entre gouvernements et créé l’OFAJ, faisant de la réconciliation un projet partagé par les sociétés civiles, et d’abord par la jeunesse.
Pourquoi la station de métro Liège s’appelait-elle Berlin ?
Elle portait le nom de la capitale allemande, comme la rue voisine, jusqu’en 1914 : elle a été rebaptisée au début de la guerre en hommage à la résistance de la ville belge de Liège.
Existe-t-il un manuel d’histoire franco-allemand ?
Oui, un manuel commun pour le lycée, publié en plusieurs volumes à partir de 2006, présente l’histoire du point de vue des deux pays.
Sources
- Institut historique allemand de Paris (Deutsches Historisches Institut Paris).
- Mémorial de la Shoah.
- Office franco-allemand pour la Jeunesse (OFAJ).
- Bundeszentrale für politische Bildung (Agence fédérale pour l’éducation civique).
Pour aller plus loin : Château de Charlottenburg à Berlin : histoire, parc et visite ; Plan de Berlin en français : quartiers, sites et transports.
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Repères historiques présentés de manière synthétique ; conditions d’accès aux lieux cités à vérifier auprès des institutions concernées. Pour approfondir, référez-vous aux travaux des historiens et aux ressources des institutions mémorielles.

