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Paris & Berlin

Les artistes entre Paris et Berlin : un siècle d’allers-retours

En bref — Les artistes entre Paris et Berlin ont écrit une histoire faite d’exils, de fascinations croisées et de collaborations. Heinrich Heine s’installe à Paris en 1831 ; Kurt Weill et Walter Benjamin y trouvent refuge en 1933 ; Marlene Dietrich y finit sa vie. Après 1989, Berlin attire à son tour les créateurs venus de Paris, tandis que des architectes français marquent la ville réunifiée. Un siècle d’allers-retours dont Paris garde de nombreuses traces, à retrouver au fil de vos promenades.

Entre Paris et Berlin, les artistes ont souvent précédé les diplomates. Bien avant les traités, écrivains, musiciens, cinéastes et architectes ont circulé d’une capitale à l’autre, par choix ou par nécessité. Retracer leurs trajectoires, c’est aussi regarder autrement des lieux parisiens du quotidien. Ce récit s’inscrit dans notre rubrique Paris-Berlin du magazine.

Heine, le premier des passeurs

Né à Düsseldorf, Heinrich Heine s’installe à Paris en 1831, attiré par la liberté qui suit la révolution de Juillet. Il y restera jusqu’à sa mort, en 1856. Correspondant pour la presse allemande, il explique la France à ses compatriotes et, avec De l’Allemagne (1835), l’Allemagne aux Français. Il est inhumé au cimetière de Montmartre, où sa tombe reçoit toujours des visiteurs germanophones.

Le XIXe siècle parisien compte d’autres Allemands célèbres, à commencer par Jacques Offenbach, arrivé de Cologne adolescent et devenu le roi de l’opérette parisienne. Mais c’est au XXe siècle que l’axe Paris-Berlin devient un véritable va-et-vient.

Les années 1920 : Berlin, capitale des avant-gardes

Dans le Berlin de la république de Weimar, tout semble possible. Le mouvement Dada y invente le photomontage avec George Grosz, Hannah Höch ou Raoul Hausmann — ce dernier finira d’ailleurs sa vie en France, à Limoges. Le cabaret, le cinéma des studios de Babelsberg et le théâtre font de la ville un laboratoire que Paris observe avec fascination.

En 1928, L’Opéra de quat’sous de Bertolt Brecht et Kurt Weill triomphe à Berlin. Son adaptation au cinéma par G. W. Pabst, en 1931, est tournée en deux versions, allemande et française : un symbole de ces années où les deux capitales partageaient déjà leurs créations.

1933 : Paris, terre d’exil

L’arrivée des nazis au pouvoir pousse des milliers d’artistes et d’intellectuels allemands à fuir. Paris devient leur première destination. Kurt Weill y crée dès juin 1933 Les Sept Péchés capitaux, au Théâtre des Champs-Élysées, et y compose des chansons françaises comme Youkali. La philosophe Hannah Arendt y vit de 1933 à 1940.

Walter Benjamin, Berlinois de naissance, passe ses journées à la Bibliothèque nationale, rue de Richelieu, pour son grand projet sur les passages couverts, dont il tire l’essai Paris, capitale du XIXe siècle. Son regard a durablement marqué notre lecture de l’histoire des passages couverts. En 1939-1940, beaucoup de ces exilés sont internés comme « ressortissants ennemis » ; Benjamin meurt en 1940 à Portbou, en tentant de gagner l’Espagne.

Le peintre Wols, né à Berlin en 1913 et installé à Paris dès 1932, survit à la guerre et devient après 1945 une figure majeure de l’abstraction lyrique. Il meurt à Paris en 1951.

Après-guerre : regards croisés

Née à Berlin, Marlene Dietrich, révélée par L’Ange bleu en 1930, passe ses dernières années à Paris, avenue Montaigne, où elle meurt en 1992. Elle repose à Berlin, dans le quartier de Friedenau : une vie entière entre les deux villes.

En 1978, le Centre Pompidou consacre une exposition majeure aux relations artistiques entre les deux pays, « Paris-Berlin 1900-1933 ». Le bâtiment est aujourd’hui fermé pour travaux, avec une réouverture annoncée vers 2030. En 1987, Les Ailes du désir de Wim Wenders, coproduction franco-allemande tournée dans la ville encore divisée, remporte le prix de la mise en scène à Cannes. Dix ans plus tôt, David Bowie avait commencé l’album Low au château d’Hérouville, dans le Val-d’Oise, avant de l’achever aux studios Hansa, à Berlin-Ouest.

Depuis 1989 : Berlin aimante les Parisiens

La chute du Mur inverse le flux. Ateliers bon marché, friches, liberté de ton : des plasticiens, musiciens et DJ venus de France s’installent à Berlin, contribuant à l’effervescence que décrit notre article sur la scène berlinoise. Christo et Jeanne-Claude, qui avaient emballé le Pont-Neuf en 1985, emballent le Reichstag en 1995.

Les architectes français marquent la ville réunifiée : Jean Nouvel signe les Galeries Lafayette de la Friedrichstraße, ouvertes en 1996 et fermées en 2024 ; Dominique Perrault, auteur de la Bibliothèque François-Mitterrand, construit le vélodrome de Berlin ; Christian de Portzamparc dessine l’ambassade de France sur la Pariser Platz, inaugurée en 2003. La même année, le film Good Bye Lenin! fait le tour de l’Europe sur une musique de Yann Tiersen.

Sur leurs traces, côté parisien

  • Cimetière de Montmartre : la tombe de Heine, à associer à une relecture de ses poèmes.
  • Site Richelieu de la BnF, rouvert en 2022 après rénovation : l’univers de travail de Walter Benjamin.
  • Théâtre des Champs-Élysées : la scène de la première parisienne de Kurt Weill.
  • Pont-Neuf et Bibliothèque François-Mitterrand : deux jalons parisiens d’artistes et d’architectes qui ont aussi transformé Berlin.
  • Maison Heinrich Heine, à la Cité internationale universitaire : lectures, concerts et débats qui prolongent ce dialogue, soutenu par les échanges culturels franco-allemands d’aujourd’hui.

Questions fréquentes

Pourquoi tant d’artistes allemands se sont-ils réfugiés à Paris en 1933 ?

Persécutés ou menacés par le régime nazi, ils ont choisi Paris pour sa proximité, sa vie culturelle et sa tradition d’accueil, jusqu’à la défaite de 1940 qui a contraint beaucoup d’entre eux à fuir de nouveau.

Où Walter Benjamin travaillait-il à Paris ?

À la Bibliothèque nationale, sur le site Richelieu, où il a accumulé les notes de son grand projet consacré aux passages parisiens.

Où est enterrée Marlene Dietrich ?

À Berlin, sa ville natale, dans un cimetière du quartier de Friedenau, bien qu’elle ait passé ses dernières années à Paris.

Pourquoi Berlin attire-t-elle les artistes français depuis 1989 ?

Pour ses ateliers longtemps bon marché, ses friches, sa scène musicale et sa liberté de ton, même si la hausse des loyers a réduit cet avantage.

Sources

  • Bibliothèque nationale de France (BnF).
  • Centre Pompidou, archives de l’exposition « Paris-Berlin 1900-1933 » (1978).
  • Maison Heinrich Heine et Goethe-Institut Paris.
  • La rédaction de magazine-paris-berlin.com.

Pour aller plus loin : Bebelplatz à Berlin : l’autodafé de 1933 et la bibliothèque vide ; Alexanderplatz à Berlin : histoire, architecture et visite.

Envie de prolonger le voyage ?
Plongez dans les clubs, galeries et contre-cultures de Berlin, ou retrouvez tous nos articles sur le lien entre Paris et Berlin.

Repères historiques et informations sur les lieux donnés à titre indicatif : horaires, conditions d’accès et état des bâtiments évoluent. Vérifiez-les auprès des institutions concernées avant de vous déplacer.

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