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Histoire & récits

L’histoire des grands boulevards : de l’enceinte aux théâtres

En bref — L’histoire des grands boulevards commence en 1670, quand Louis XIV fait remplacer les remparts de la rive droite par une promenade plantée, de la Bastille à la Madeleine. Au XVIIIe siècle s’y installent les théâtres populaires du « boulevard du Crime », au XIXe les cafés à la mode, la presse et les flâneurs. C’est là qu’a lieu, en 1895, la première projection publique et payante du cinématographe Lumière. Salles de spectacle et passages voisins en gardent la mémoire.

Pour qui habite le 2e, le 3e, le 9e, le 10e ou le 11e arrondissement, les Grands Boulevards sont une frontière familière, un axe de bus et de métro, un chapelet de cinémas et de théâtres. Leur tracé en arc de cercle n’a rien d’un hasard : il épouse une muraille disparue. Derrière les enseignes, trois siècles de vie parisienne se lisent encore. Ce récit prend place dans notre rubrique histoire et récits parisiens.

D’un rempart à une promenade

Au XVIIe siècle, la rive droite est encore protégée par l’enceinte de Charles V à l’est et par celle des Fossés jaunes à l’ouest. Les conquêtes de Louis XIV et les places fortes de Vauban rendent ces murailles inutiles : en 1670, le roi ordonne de les abattre et de les remplacer par un « Nouveau Cours », large promenade plantée de plusieurs rangées d’arbres, aménagée sur l’ancien rempart. Le mot « boulevard » vient d’ailleurs du néerlandais bolwerk, cousin de l’allemand Bollwerk : le bastion, l’ouvrage de défense. Un terme militaire devenu synonyme de flânerie, clin d’œil que nos lecteurs germanophones apprécieront.

Les portes Saint-Denis et Saint-Martin, arcs du Roi-Soleil

Pour célébrer ses victoires, Louis XIV fait élever des arcs de triomphe à l’emplacement d’anciennes portes de la ville. La porte Saint-Denis (1672), œuvre de François Blondel, glorifie les campagnes sur le Rhin ; la porte Saint-Martin (1674), de Pierre Bullet, la prise de Besançon et la conquête de la Franche-Comté. Elles restent les témoins monumentaux de ce moment où Paris devient une ville ouverte. Pour l’habitant du quartier Strasbourg-Saint-Denis, ce sont surtout des repères quotidiens au milieu du trafic.

Le boulevard du Crime, royaume du mélodrame

Au XVIIIe siècle, le boulevard du Temple devient le rendez-vous des divertissements populaires : bateleurs, marionnettes, spectacles de foire. La liberté des théâtres, proclamée en 1791, y multiplie les salles. Le mélodrame y triomphe, avec tant de meurtres et d’empoisonnements sur scène que le lieu gagne le surnom de « boulevard du Crime ». Frédérick Lemaître et le mime Deburau y connaissent la gloire, que Marcel Carné fera revivre dans Les Enfants du paradis (1945). Le 28 juillet 1835, le boulevard est aussi le théâtre d’un drame bien réel : l’attentat de Fieschi contre Louis-Philippe. En 1862, les travaux d’Haussmann emportent la plupart de ces salles, chapitre parmi d’autres des lieux parisiens aujourd’hui disparus.

Le Boulevard au XIXe siècle : cafés, presse et flâneurs

Au XIXe siècle, « le Boulevard » désigne surtout sa portion ouest, du boulevard des Italiens au boulevard Montmartre. Le Café Tortoni, le Café Anglais ou la Maison dorée accueillent dandys, journalistes et hommes d’affaires ; rédactions et salles de spectacle se regroupent alentour. On y vient pour voir et être vu, et le « boulevardier » devient un type social. Balzac consacre en 1844 un texte à l’histoire et à la physiologie des boulevards : les écrivains y trouvent un terrain d’observation, une veine que nous suivons dans notre article sur le Paris littéraire et ses écrivains. Les passages couverts voisins, comme celui des Panoramas ou le passage Jouffroy, prolongent la flânerie à l’abri.

Des théâtres au cinéma

La vocation du spectacle traverse les époques. Le théâtre des Variétés ouvre en 1807 boulevard Montmartre, le musée Grévin en 1882, l’Olympia en 1893 boulevard des Capucines. Le 28 décembre 1895, au Salon indien du Grand Café, 14 boulevard des Capucines, les frères Lumière organisent la première projection publique et payante du cinématographe. Le XXe siècle fait des boulevards une artère de cinémas, dont le Grand Rex, inauguré en 1932, reste l’emblème. Les peintres aussi y ont laissé leur marque : la première exposition impressionniste s’est tenue en 1874 dans l’ancien atelier du photographe Nadar, boulevard des Capucines. Et l’expression « théâtre de boulevard » désigne encore la comédie populaire.

Grands Boulevards, Maréchaux, haussmanniens : ne pas confondre

Pour un nouvel arrivant, le mot prête à confusion. Les Grands Boulevards forment l’arc de la rive droite qui va de la Madeleine à la Bastille : boulevards de la Madeleine, des Capucines, des Italiens, Montmartre, Poissonnière, Bonne-Nouvelle, Saint-Denis, Saint-Martin, du Temple, des Filles-du-Calvaire et Beaumarchais. Les boulevards de la rive gauche, comme ceux des Invalides ou du Montparnasse, ont été tracés au XVIIIe siècle. Les boulevards de Sébastopol ou Saint-Germain sont des percées du Second Empire. Plus loin, les boulevards extérieurs suivent l’ancien mur des Fermiers généraux, et les boulevards des Maréchaux longent l’ancienne enceinte de Thiers, juste à l’intérieur du périphérique.

Nos conseils pour lire les boulevards au quotidien

  • Observez le relief : boulevard Saint-Martin, la chaussée abaissée au XIXe siècle a laissé les trottoirs en surplomb, avec escaliers et garde-corps.
  • Levez les yeux : entre les enseignes, les façades des années 1830-1860 rappellent l’époque où le Boulevard était le cœur mondain de Paris.
  • Repérez les anciens théâtres : beaucoup de salles actuelles occupent des bâtiments du XIXe siècle, parfois transformés en cinémas.
  • Glissez-vous dans les passages pour couper d’un boulevard à l’autre, comme le faisaient les flâneurs d’autrefois.

Questions fréquentes

Pourquoi parle-t-on des Grands Boulevards ?

Le mot désigne à l’origine un ouvrage de rempart. Les « Grands » Boulevards sont les premiers, créés à partir de 1670 sur l’emplacement des remparts de la rive droite, de la Madeleine à la Bastille.

Qu’était le boulevard du Crime ?

C’était le surnom du boulevard du Temple, où les théâtres jouaient des mélodrames riches en crimes. La plupart de ces salles ont été démolies en 1862.

Où a eu lieu la première séance de cinéma payante ?

Le 28 décembre 1895, au Salon indien du Grand Café, 14 boulevard des Capucines, avec le cinématographe des frères Lumière.

Quelle différence entre Grands Boulevards et boulevards des Maréchaux ?

Les Grands Boulevards datent de la fin du XVIIe siècle et suivent d’anciens remparts proches du centre. Les boulevards des Maréchaux longent l’enceinte de Thiers, au bord du périphérique, et portent pour la plupart des noms de maréchaux de l’Empire.

Sources

  • Ville de Paris (paris.fr), nomenclature des voies.
  • Musée Carnavalet – Histoire de Paris.
  • Institut Lumière.
  • La rédaction de magazine-paris-berlin.com.

Pour aller plus loin : City-guide Paris : Strasbourg Saint-Denis et Château d’Eau ; City-Guide Paris : bonnes adresses à République.

Vous habitez près des Boulevards ?
Prolongez la promenade dans le temps avec la naissance et la renaissance des passages couverts, ou replongez dans tous nos récits sur l’histoire de Paris.

Dates et attributions d’après les sources historiques de référence. Les salles et commerces cités évoluent : vérifiez leur situation actuelle avant de vous déplacer.

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