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Histoire & récits

Les légendes et mystères de Paris : récits et histoires étranges

En bref — Les légendes et mystères de Paris mêlent récits pieux, rumeurs et faits divers. Saint Denis marchant sa tête entre les mains, l’alchimiste Nicolas Flamel, l’Homme rouge des Tuileries ou le fantôme de l’Opéra relèvent de la légende ; l’énigme du Masque de fer, les stations fantômes du métro ou le crocodile des égouts sont en revanche bien réels. Tout l’art consiste à distinguer ce que disent les sources de ce que la tradition a brodé.

Toute ville ancienne fabrique ses récits. À Paris, ils se transmettent de génération en génération, dans les livres, les conversations et désormais sur les réseaux sociaux, souvent sans que l’on sache d’où ils viennent. Nous les présentons ici pour ce qu’ils sont, des légendes, avec ce que l’histoire permet d’en dire. Ce chapitre plus fantaisiste complète notre rubrique sur le passé et la mémoire de Paris.

Saint Denis et sainte Geneviève, légendes fondatrices

Selon une tradition rapportée par des textes hagiographiques, saint Denis, premier évêque de Paris au IIIe siècle, aurait été décapité sur la colline de Montmartre, puis se serait relevé pour marcher, sa tête entre les mains, jusqu’au lieu de sa sépulture, là où s’élève la basilique de Saint-Denis. L’étymologie de Montmartre, « mont des martyrs » ou « mont de Mars », reste d’ailleurs discutée. Au portail de la Vierge, à Notre-Dame, une statue le représente tenant sa tête. La colline deviendra bien plus tard celle des artistes, que nous évoquons dans Paris et les peintres.

Autre récit fondateur : en 451, sainte Geneviève aurait détourné Attila de Paris par la prière et le jeûne. Sa Vie, rédigée peu après sa mort, le raconte ; les historiens y voient surtout un récit édifiant, les Huns ayant alors d’autres objectifs.

Nicolas Flamel et Biscornet : alchimie et pacte diabolique

Nicolas Flamel a bien existé : écrivain public et libraire-juré, il meurt en 1418, enrichi par son métier, par la fortune de son épouse Pernelle et par des placements immobiliers. Sa réputation d’alchimiste ayant découvert la pierre philosophale naît deux siècles plus tard, avec des ouvrages publiés sous son nom au XVIIe siècle. La maison de la rue de Montmorency qui porte son nom, construite en 1407 pour loger des pauvres, est souvent dite la plus ancienne de Paris, une affirmation elle-même discutée.

À Notre-Dame, les ferrures des portes latérales de la façade, d’une virtuosité jugée longtemps inexplicable, ont nourri la légende d’un serrurier, Biscornet, qui aurait vendu son âme au diable pour les réaliser.

Fantômes de palais : l’Homme rouge et le fantôme de l’Opéra

L’Homme rouge des Tuileries serait apparu à Catherine de Médicis, puis à d’autres souverains, pour annoncer des malheurs, jusqu’à Napoléon selon des récits romancés du XIXe siècle. Aucun témoignage fiable n’étaye ces apparitions. Le fantôme de l’Opéra est, lui, une création littéraire de Gaston Leroux (1910). Il s’appuie pourtant sur un détail réel : sous le palais Garnier se trouve une vaste cuve, aménagée lors de la construction pour faire face aux eaux souterraines, que la fiction a transformée en lac. Belphégor, le fantôme du Louvre, est lui aussi un personnage de roman (1927), popularisé par la télévision en 1965.

Sous nos pieds : carrières, catacombes et récits souterrains

Paris repose en partie sur d’anciennes carrières de calcaire et de gypse. Après une série d’effondrements, dont celui de la rue d’Enfer en 1774, le roi crée en 1777 l’Inspection générale des carrières, qui existe toujours. À partir de 1785-1786, les ossements du cimetière des Innocents sont transférés dans une partie de ces galeries : ce sont les Catacombes. Ce monde souterrain nourrit les récits, comme celui de Philibert Aspairt, portier du Val-de-Grâce qui se serait perdu dans les carrières en 1793 et dont le corps n’aurait été retrouvé qu’onze ans plus tard. Une stèle lui est dédiée, mais les détails de son histoire relèvent largement de la tradition. Rappelons que l’accès aux carrières hors du parcours officiel est interdit.

Les vrais mystères, bien documentés

Certaines énigmes sont réelles. Le prisonnier dit au Masque de fer, dont le masque était en réalité de velours noir selon un témoin de l’époque, meurt à la Bastille le 19 novembre 1703 sans que son identité soit établie ; Voltaire en fait un mythe et les hypothèses se comptent par dizaines. Autre histoire vraie aux allures de légende urbaine : en 1984, des égoutiers découvrent un jeune crocodile du Nil dans les égouts, près du Pont-Neuf ; probablement abandonné par un particulier, l’animal est confié à un aquarium de Bretagne.

Le métro a aussi ses stations fantômes : Arsenal, Champ-de-Mars et Croix-Rouge, fermées en 1939 au début de la guerre, n’ont jamais rouvert, et Haxo, construite sur une voie de raccordement, n’a jamais accueilli de voyageurs. Au sol, des médaillons de bronze marqués « Arago » dessinent la ligne du méridien de Paris : une œuvre de l’artiste néerlandais Jan Dibbets, installée en 1994 en hommage à l’astronome François Arago.

Nos conseils pour démêler le vrai du faux

  • Cherchez la source la plus ancienne : une histoire apparue des siècles après les faits mérite la prudence.
  • Méfiez-vous des superlatifs : « la plus ancienne », « la plus étroite », « le seul » sont souvent invérifiables.
  • Consultez les fonds numérisés : Gallica, les Archives de Paris ou le musée Carnavalet permettent de remonter aux documents.
  • Partez des lieux réels : le fleuve, ses crues et ses ponts ont nourri bien des récits ; replongez dans l’histoire de la Seine, fleuve fondateur de Paris.

Questions fréquentes

La légende de saint Denis est-elle vraie ?

Saint Denis, premier évêque de Paris, a probablement existé et été martyrisé au IIIe siècle. Sa marche, tête entre les mains, relève en revanche du récit hagiographique rédigé bien plus tard.

Nicolas Flamel était-il alchimiste ?

Rien ne l’atteste. Écrivain public et libraire au XIVe siècle, il doit sa réputation d’alchimiste à des textes publiés sous son nom deux siècles après sa mort.

Y a-t-il vraiment un lac sous l’Opéra Garnier ?

Il s’agit d’une cuve maçonnée, aménagée lors de la construction pour gérer les eaux souterraines. Gaston Leroux l’a transformée en lac dans Le Fantôme de l’Opéra.

Qu’est-ce qu’une station de métro fantôme ?

C’est une station fermée ou jamais ouverte au public, comme Arsenal, Champ-de-Mars, Croix-Rouge ou Haxo. Les rames y passent parfois sans s’arrêter.

Sources

  • Inspection générale des carrières (Ville de Paris).
  • Musée Carnavalet – Histoire de Paris.
  • Bibliothèque nationale de France (Gallica).
  • RATP.

Pour aller plus loin : Virée macabre sur les traces du Paris criminel ; Livres sur Paris : 5 lectures pour voir la capitale autrement.

Vous aimez les histoires à la frontière du vrai ?
Découvrez les lieux effacés de la capitale ou retrouvez tous nos récits d’histoire parisienne.

Les légendes présentées ici sont signalées comme telles ; les faits historiques sont donnés d’après les sources de référence. L’accès aux carrières souterraines hors des sites autorisés est interdit.

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