Texte et images : Alizée Szwarc
25/02/2022
On dit que la première montgolfière s’y serait envolée, que la Révolution y aurait débuté. Mais au-delà de la légende, la Cour de l’Industrie, au cœur du 11e arrondissement de Paris, est surtout un lieu rare : une cour d’ateliers encore vivante, habitée, et profondément liée à l’histoire artisanale du faubourg Saint-Antoine. Si tu t’intéresses à ce site, c’est probablement parce que tu veux comprendre ce qui le rend si particulier, pourquoi il a été préservé, et ce qu’on y trouve aujourd’hui. Concrètement, c’est un morceau de patrimoine parisien qui n’a pas été transformé en immeuble de standing, mais qui continue d’accueillir des artisans et des artistes dans un cadre authentique.
L’essentiel a retenir : la Cour de l’Industrie est un ensemble d’ateliers historiques du 11e arrondissement, préservé grâce à son classement et à l’intervention de la Ville de Paris.
- Elle date de 1850 et a d’abord accueilli des artisans du bois.
- Elle s’étend sur 6 000 m2 d’ateliers.
- Elle a été sauvée de la destruction en 1991 puis classée en 1992.
- La Ville de Paris en est propriétaire depuis 2003.
- Une cinquantaine d’artisans et d’artistes y travaillent encore aujourd’hui.
- Le lieu a conservé ses colombages, ses pavés et son atmosphère d’origine.
Une cour d’ateliers unique à Paris
Située rue de Montreuil, dans le 11e arrondissement, la Cour de l’Industrie fait partie de ces lieux qu’on ne découvre pas par hasard. Elle est née au milieu du XIXe siècle, dans un quartier déjà très lié aux métiers de l’ameublement et du bois. En pratique, cela signifie que le site n’a pas été pensé comme un simple ensemble immobilier : il a été conçu pour faire travailler des artisans, avec des espaces adaptés aux gestes de métier, aux machines, aux matériaux et aux grandes pièces à manipuler.
Ce qui la rend exceptionnelle, c’est aussi sa continuité. Là où beaucoup de cours artisanales parisiennes ont disparu ou ont été réhabilitées en logements, celle-ci a conservé sa vocation productive. Si tu es sensible au patrimoine vivant, tu comprends vite l’enjeu : ici, l’histoire ne se regarde pas seulement, elle se fabrique encore.
Pourquoi la Cour de l’Industrie a survécu
Dans les années 1990, le lieu a failli disparaître. Comme souvent à Paris, la pression foncière menaçait de transformer l’ensemble en programme immobilier classique, avec des lofts ou des logements à forte valeur ajoutée. C’est précisément ce qui a été évité grâce à sa sauvegarde en 1991, puis à son classement l’année suivante.
Ce que cela change pour toi, si tu t’intéresses au patrimoine urbain, c’est qu’un classement n’est pas seulement une protection administrative. Dans la pratique, il empêche des démolitions ou des transformations irréversibles et oblige à penser la conservation du bâti, des volumes et de l’esprit du lieu. La Ville de Paris est ensuite devenue propriétaire en 2003, ce qui a renforcé la protection du site et permis d’engager de longs travaux de restauration.
Ce que les travaux ont permis
Après six ans de chantier, la Cour de l’Industrie a retrouvé son éclat sans perdre son identité. Les colombages ont été conservés, les pavés aussi, et l’ensemble a gardé cette sensation très particulière de traverser un Paris ancien, presque secret. Dans la majorité des cas, ce type de restauration réussie repose sur un équilibre délicat : réparer sans lisser, moderniser sans effacer.
Qui travaille dans la Cour de l’Industrie aujourd’hui ?
Le lieu accueille aujourd’hui une cinquantaine d’artisans et d’artistes. On y croise des menuisiers, des sculpteurs, des ornemanistes, des plisseurs de tissu, des facteurs d’arcs, des plasticiens, mais aussi des métiers plus rares, souvent méconnus du grand public. C’est justement ce qui fait la richesse du site : il concentre des savoir-faire que l’on voit peu ailleurs, dans un même ensemble cohérent.
Dans les faits, cette diversité crée une vraie vie de cour. Les ateliers ne sont pas figés comme dans un musée : ils servent à produire, réparer, créer, expérimenter. Si tu te demandes à quoi ressemble un lieu de travail artisanal aujourd’hui, la Cour de l’Industrie en donne un exemple très concret.
Sébastien, l’apprentissage d’un geste rare
Sébastien a 23 ans et travaille comme unique apprenti du 37 bis, dans l’atelier d’Yves Fouquet, sculpteur et ornemaniste. Issu d’une formation de doreur à la feuille d’or, il apprend ici la sculpture et le modelage sur bois. Ce type de parcours montre bien comment les métiers d’art se transmettent : on ne maîtrise pas ces gestes en théorie, on les acquiert au contact direct de l’atelier, des outils et des pièces à restaurer ou à créer.
Concrètement, l’atelier est rempli de cadres destinés à des particuliers et à des galeristes. Cela rappelle que les métiers d’art ne relèvent pas seulement du patrimoine : ils répondent aussi à des commandes contemporaines, avec des clients, des délais et des exigences de finition très élevées.
Mylène, fabriquer l’apparence d’un personnage
Mylène est chef coiffeuse et perruquière depuis plus de trente ans. Son métier consiste à concevoir et fabriquer des perruques pour le cinéma et le théâtre. Si tu n’es pas familier de cette profession, retiens surtout ceci : elle ne se contente pas de “faire des cheveux”, elle construit une apparence crédible, capable de soutenir un rôle, une époque ou une transformation de personnage.
Dans la pratique, ce travail demande à la fois précision technique, sens esthétique et compréhension du jeu d’acteur. Une perruque mal conçue se voit immédiatement à l’écran ou sur scène. À l’inverse, quand le travail est réussi, il devient invisible et sert pleinement la narration.
Arianne, préserver les œuvres sur papier
Arianne est restauratrice de dessins, principalement pour le musée du Louvre. Son activité est très minutieuse : elle collabore avec le département des arts graphiques pour améliorer les protocoles de restauration. Ici, on est dans un domaine où l’erreur n’est pas permise, car chaque intervention doit respecter la matière d’origine, la fragilité du papier et l’histoire de l’œuvre.
Au 37 bis, elle travaille avec son mari, graveur et sculpteur, et s’occupe aussi du tirage de ses œuvres sur papier. Ce type de complémentarité est fréquent dans les ateliers d’art : un même lieu peut réunir plusieurs pratiques proches, qui se nourrissent mutuellement au quotidien.
Hélène, une peinture engagée et un atelier habité
Hélène est artiste plasticienne. Après avoir été dessinatrice et illustratrice, notamment dans la publicité, elle se consacre depuis 28 ans à la peinture dans son atelier. Sa dernière série est engagée et traite de l’état du monde, ainsi que de la guerre économique en cours. Ce basculement vers une œuvre plus personnelle et plus critique est fréquent chez les artistes qui trouvent, avec le temps, un lieu stable pour travailler en profondeur.
Au 37 bis, elle connaît tout le monde. Et ce détail n’est pas anodin : dans une cour comme celle-ci, la proximité entre les personnes compte autant que les murs. C’est ce voisinage de métiers, d’âges et de pratiques qui fait tenir le lieu dans la durée.
Ce que la Cour de l’Industrie représente vraiment
Au fond, la Cour de l’Industrie n’est pas seulement un joli décor parisien. C’est un exemple rare de patrimoine vivant, où l’on voit encore cohabiter mémoire ouvrière, métiers d’art, création contemporaine et transmission. Si tu cherches à comprendre pourquoi certains lieux comptent plus que d’autres dans une ville comme Paris, la réponse est là : ils racontent une continuité. Pas seulement celle des bâtiments, mais celle des gestes, des usages et des personnes qui les font vivre.
Ce que cela implique, c’est qu’un site comme celui-ci ne se juge pas uniquement à son esthétique. Il faut aussi regarder ce qu’il permet : produire, former, restaurer, créer, transmettre. C’est précisément ce qui en fait une ressource patrimoniale et culturelle de premier plan.
FAQ
Où se situe la Cour de l’Industrie ?
La Cour de l’Industrie se situe rue de Montreuil, dans le 11e arrondissement de Paris. Elle est au cœur d’un quartier historiquement lié aux métiers de l’ameublement et de l’artisanat.
Quand la Cour de l’Industrie a-t-elle été créée ?
La Cour de l’Industrie date de 1850. Elle a d’abord été construite pour accueillir des artisans du bois.
Pourquoi la Cour de l’Industrie est-elle importante ?
La Cour de l’Industrie est importante parce qu’elle est l’une des dernières cours d’ateliers de Paris encore en activité. Elle associe patrimoine architectural, métiers d’art et création contemporaine.
Qui travaille dans la Cour de l’Industrie aujourd’hui ?
Une cinquantaine d’artisans et d’artistes travaillent aujourd’hui dans la Cour de l’Industrie. On y trouve notamment des menuisiers, des sculpteurs, des ornemanistes, des plisseurs de tissu et des plasticiens.
La Cour de l’Industrie a-t-elle été menacée de destruction ?
Oui, la Cour de l’Industrie a bien failli être détruite en 1991. Elle a ensuite été classée en 1992, ce qui a permis de la protéger durablement.
La Cour de l’Industrie est-elle accessible au public ?
Oui, elle peut être ouverte au public lors de certaines journées ou événements. En dehors de ces temps, il s’agit avant tout d’un lieu de travail privé occupé par des artisans et des artistes.
Quels métiers d’art peut-on trouver dans la Cour de l’Industrie ?
On y trouve des métiers d’art très variés, parfois rares. Parmi eux : la sculpture, l’ornementation, la restauration de dessins, la perruquerie, la menuiserie ou encore le tirage d’œuvres sur papier.
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