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Paris

Tatouage : l’art en mouvement

C’est que la chose est désormais officielle, si neuf tatoués sur dix considèrent sans surprise l’encrage de la peau comme un art, la moitié de la population française partage cette opinion. De quoi donner du baume au cœur à une profession dont le travail peine encore, malgré la technicité de sa pratique, mais surtout le talent de ses acteurs, à être reconnu comme une discipline artistique. Tin-Tin, en bon chef de file, n’hésite pas à viser pour elle le statut de « 10e art » – celui qui succéderait à la BD, donc –, arguant pour répondre aux contestataires qui lui opposent l’éternel côté contre-culture de l’affaire, que l’Impressionnisme lui-même en son temps, faisait figure de rébellion. Sans forcément chercher à s’inscrire au Panthéon des arts recensés et numérotés (qu’ils jugent par ailleurs bien incomplet, au vu de l’émergence de nouvelles pratiques comme par exemple l’art numérique), d’autres pointures du tatouage revendiquent simplement un statut d’artiste pour ceux qui ne peuvent d’évidence, être considérés autrement. C’est le cas de Mikael de Poissy, star du genre, connu pour ses tatouages épiques et splendides aux influences souvent religieuses, capable d’écrire sur une peau tout entière, statues de pierre, batailles médiévales ou vitraux magnifiques. « Il y a un moment où il faut appeler les choses telles qu’elles sont, expose-t-il simplement. Quand des gens font des milliers de kilomètres pour rencontrer un tatoueur et pas un autre, l’expertise qu’il recherchent ne peut être autre chose qu’une signature artistique. »

Un des travaux les plus féminins et délicats de Tin-Tin © Tin-Tin

De la bonne réputation

Reste qu’à force de tendance, on en oublierait presque que le tatouage n’est pas non plus un phénomène nouveau, puisqu’on le célèbre dans le monde depuis l’origine des temps. Entrée en grande pompe dans le monde de la culture via l’exposition Tatoueurs, Tatoués, curatée par le duo d’experts Anne & Julien et présentée au Quai Branly en 2014, son histoire fabuleuse aura ainsi su attirer chez nous des centaines de milliers de visiteurs avant de s’exporter outre-Atlantique. Selon Stéphane Martin, Président du musée, la raison de cet intérêt tient à la richesse et à la complexité de la discipline : « Depuis son origine dans les sociétés dites primitives jusqu’à sa pratique dans les sociétés occidentales, le tatouage recouvre un faisceau de styles, de sens et de statuts différents. » Puis d’ajouter : « On recense ainsi aujourd’hui des artistes tatoueurs de renom, de véritables courants artistiques et des œuvres aux qualités esthétiques indéniables. » De quoi alors, enfin reconnaître les tatoueurs comme les égaux des peintres, des cinéastes ou des mangakas ? Pas loin, mais pas encore. D’où un crève-cœur pour certains parmi les plus créatifs, tandis que d’autres, qui voient l’activité de façon légère, n’y accordent que peu d’importance malgré, en plus de la reconnaissance, l’opportunité de bénéficier au passage, d’une taxation réduite. Pour Mikael de Poissy, peut-être pourrait-on dès lors, opter pour un compromis : « Certains tatoueurs auraient la possibilité d’accéder au statut d’artistes en montrant par exemple, la réalité d’un travail de création sur un nombre d’années donné ; le statut, difficile à obtenir, bénéficierait dès lors de la reconnaissance qu’il faut. » Certainement un brin fatigué d’argumenter pour l’heure, Tin-Tin se contentera quant à lui, de gronder une phrase de Malraux qu’il affectionne depuis un moment : « L’Art est le plus court chemin de l’homme à l’homme. » Et de commenter, moqueur : « Y aurait-il d’autres domaines où ces mots seraient plus appropriés ? »

Mondial du Tatouage, du 3 au 5 mars, à la Grande Halle de La Villette, 211, avenue Jean Jaurès, 19e. Vendredi et samedi, de 12 h 30 à minuit, entrée : 32/ 30 en prévente. Dimanche, de 11h30 à 19h, entrée : 27 / 25 . Pass 3 jours : 65 / 60 . Infos : www.mondialdutatouage.com

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