Inès de la Fressange, Jeanne Damas, Catherine Deneuve… autant de figures de LA parisienne que le monde entier nous envie. Et si ce n’était qu’un mythe ? Quid des femmes qui ne vivent pas Rive Gauche et qui prennent le métro en basket ? Dans un essai libérateur, Alice Pfeiffer, journaliste franco-britannique, déconstruit le mythe de la parisienne et ça fait un bien fou !
Si tu t’es déjà demandé pourquoi “la Parisienne” fascine autant, tout en te semblant parfois irréelle, tu es au bon endroit. Dans Je ne suis pas Parisienne, Alice Pfeiffer démonte un imaginaire très puissant : celui d’une femme chic, libre, mince, élégante, toujours juste, qui résumerait à elle seule la féminité française. Concrètement, l’enjeu du livre est simple : montrer que ce modèle n’est pas neutre, qu’il exclut beaucoup de femmes, et qu’il a été transformé en produit marketing par la mode, le luxe et les médias.
L’essentiel a retenir : ce livre déconstruit le mythe de la Parisienne pour montrer qu’il s’agit d’un modèle social, esthétique et culturel très excluant.
- La “Parisienne” n’est pas une réalité unique, mais une construction.
- Le mythe valorise surtout une femme blanche, mince, bourgeoise et très codée.
- À l’origine, il renvoie aux femmes lettrées des salons du XVIIe siècle.
- Aujourd’hui, il sert aussi à vendre une image idéalisée de Paris.
- Alice Pfeiffer remet en lumière les autres figures de femmes françaises.
- Le livre parle autant de mode que d’inégalités sociales et culturelles.
La parisienne made in Saint-Germain des Près
© Instagram Jeanne Damas
Le propos du livre est double : d’un côté, déconstruire le mythe de la Parisienne ; de l’autre, redonner de la place à toutes celles qu’on oublie quand on réduit la femme française à une seule silhouette. Et c’est précisément ce que fait Alice Pfeiffer avec intelligence : elle ne se contente pas de critiquer une image de mode, elle montre ce que cette image raconte de notre société.
Dans la pratique, ce mythe fonctionne comme une norme implicite. On ne te dit pas forcément “voici le modèle à suivre”, mais tout, dans les magazines, les campagnes de pub, les réseaux sociaux et certains discours culturels, t’y pousse subtilement. La Parisienne idéale semble toujours avoir le bon corps, le bon style, le bon accent, la bonne origine sociale, le bon niveau d’éducation. Ce que cela change pour toi ? Si tu ne corresponds pas à ces codes, tu peux vite avoir l’impression d’être “à côté”, alors qu’en réalité c’est le modèle qui est étroit, pas toi.
Alice Pfeiffer part d’une idée très juste : la Parisienne telle qu’on la fantasme éclipse les autres femmes françaises. Elle rend invisibles celles qui ne vivent pas dans les quartiers centraux, celles qui ne s’habillent pas de la même manière, celles qui n’ont pas le même capital social, celles qui ne rentrent pas dans les cases de la féminité dominante. Concrètement, ce n’est pas seulement une question d’esthétique ; c’est une question de représentation.
Le livre insiste aussi sur un point souvent oublié : une image séduisante peut être excluante. On peut admirer une silhouette, un style, une allure, tout en oubliant de demander qui a le droit d’incarner ce modèle. Et c’est là que l’essai devient vraiment utile : il t’aide à voir ce qui se cache derrière une apparente évidence.
De la femme libre au produit marketing : les dérives d’un mythe
© Instagram Sabina Socol
D’où vient la Parisienne ? Historiquement, le mythe n’a pas toujours eu le même sens. À l’origine, il renvoie aux salons littéraires du XVIIe siècle, où certaines femmes se distinguaient par leur esprit, leur culture et leur liberté de pensée. On pense notamment à la marquise de Sévigné ou à Madame de La Fayette. Dans ce contexte, la “Parisienne” n’était pas d’abord une icône de mode : c’était une femme cultivée, influente, capable de tenir un rôle intellectuel.
Mais dans les faits, cette figure s’est progressivement transformée. Aujourd’hui, elle est souvent réduite à un ensemble de signes très codés : silhouette fine, allure négligée mais maîtrisée, élégance sans effort, féminité discrète, assurance tranquille. Le problème, c’est que ces codes ne sont pas innocents. Ils reposent sur des critères sociaux et esthétiques très précis, souvent peu accessibles, et rarement présentés comme tels.
Comme le rappelle Alice Pfeiffer dans son interview au Madame Figaro, la Parisienne est souvent décrite comme “une bourgeoise, hétérosexuelle, blanche, filiforme, qui porte des talons de 12 cm et une baguette sous le bras”. Cette formule est volontairement caricaturale, mais elle résume bien le mécanisme à l’œuvre : on fait passer un modèle social particulier pour une identité universelle. En pratique, cela crée une norme impossible à atteindre pour beaucoup de femmes.
Ce glissement vers le marketing est central. L’industrie de la mode, du luxe et du tourisme s’est emparée de cette figure pour vendre une image exportable de Paris : une ville élégante, romantique, désirable, incarnée par une femme tout aussi désirable. Ce que cela implique, concrètement, c’est que la Parisienne devient moins une personne qu’un produit. Elle sert à faire rêver, à attirer, à consommer.
Et c’est là tout l’intérêt du livre : il montre que ce fantasme n’est pas seulement esthétique, il est économique. Quand une image devient vendable, elle se simplifie. Elle se fige. Elle se répète. Elle se réplique à l’infini sur Instagram, dans les vitrines, dans les campagnes de communication, jusqu’à donner l’illusion qu’elle a toujours existé.
Pourquoi ce mythe pose problème dans la vraie vie
Si tu es dans cette situation où tu te compares souvent à ce modèle, le livre apporte une vraie respiration. Il te rappelle qu’un idéal de féminité peut être culturellement fabriqué, et donc contesté. Dans la majorité des cas, le malaise ne vient pas de toi, mais du fait que le modèle dominant a été construit pour privilégier certaines femmes et en effacer d’autres.
Dans la pratique, cela peut avoir plusieurs conséquences : sentiment d’illégitimité, pression sur le corps, autocensure, impression de ne pas “faire assez français”, ou au contraire de ne pas être assez sophistiquée. L’intérêt de l’essai est précisément de remettre ces injonctions à leur place.
Les erreurs fréquentes quand on parle de “la Parisienne”
- Confondre une image de mode avec une réalité sociale.
- Penser que ce style représente toutes les Françaises.
- Oublier que les codes de la Parisienne sont liés à la classe sociale.
- Réduire la féminité française à un seul visage, souvent très normé.
- Croire qu’un modèle séduisant est forcément inclusif.
En réalité, ce livre est précieux parce qu’il ne s’arrête pas à la critique. Il ouvre une autre porte : celle d’une féminité française plus large, plus diverse, plus réaliste. Et c’est probablement ce qui le rend si libérateur.
Je ne suis pas Parisienne, éloge de toutes les Françaises, Alice Pfeiffer, Stock, 230 pages, 18€
Extrait du livre :
« La Parisienne serait une sorte d’héroïne hors de toute norme biologique, générationnelle ou sociale : ni le temps, ni les grossesses, ni les calories, ni les transports en commun, ni le climat, ni le besoin de gagner de l’argent ne semblent affecter sa vie quotidienne. À travers chaque geste, elle promeut le naturel, mais fait exactement l’inverse. En plus d’une grâce de rigueur, ce personnage fictif déborde d’insinuations sociales, ethniques, hétéronormées et toujours considérées comme acquises. Génération après génération, les Parisiennes partagent certaines caractéristiques, elles répondent toujours aux mêmes critères de style, implicites mais omniprésents : une classe sociale, une éducation, une apparence, une descendance, une couleur de peau. Ce qui est rarement admis, mais que l’on peut lire entre les lignes. »
FAQ
Qu’est-ce que le mythe de la Parisienne ?
Le mythe de la Parisienne est une image idéalisée de la femme française, souvent présentée comme élégante, mince, libre et naturellement chic. En réalité, c’est une construction culturelle qui ne représente qu’une partie très limitée des femmes vivant en France. Alice Pfeiffer montre qu’il s’agit surtout d’un modèle social et esthétique.
Pourquoi Alice Pfeiffer déconstruit-elle le mythe de la Parisienne ?
Alice Pfeiffer le déconstruit pour montrer qu’il exclut beaucoup de femmes et qu’il repose sur des codes sociaux très précis. Son objectif est de remettre en lumière des profils féminins plus variés et plus représentatifs. Elle veut aussi questionner l’influence de la mode et des médias sur nos imaginaires.
À l’origine, d’où vient la figure de la Parisienne ?
À l’origine, la figure de la Parisienne vient des salons littéraires du XVIIe siècle. Elle renvoyait alors à des femmes cultivées, brillantes et influentes, comme la marquise de Sévigné ou Madame de La Fayette. Le sens actuel s’est ensuite beaucoup éloigné de cette origine intellectuelle.
Pourquoi dit-on que la Parisienne est un produit marketing ?
On dit cela parce que la mode, le luxe et le tourisme ont transformé cette figure en image vendable. La Parisienne sert à faire rêver et à vendre une certaine idée de Paris dans le monde entier. Ce n’est plus seulement un personnage culturel, c’est aussi un outil commercial.
Le livre parle-t-il seulement de mode ?
Non, le livre parle aussi de représentation, de classe sociale, de race, d’identité et de visibilité des femmes françaises. La mode est un point d’entrée, mais le sujet est plus large. En pratique, l’essai interroge la manière dont une norme féminine se construit et s’impose.
Qui sont les autres figures de femmes françaises évoquées par Alice Pfeiffer ?
Alice Pfeiffer s’intéresse à des figures souvent invisibilisées par le mythe dominant. Elle évoque notamment la cagole, la beurette, la femme LGBT et plus largement toutes celles qui ne correspondent pas à l’image lisse de la Parisienne. L’idée est de montrer que la France féminine est bien plus diverse qu’on ne le dit.
Pourquoi ce livre est-il jugé libérateur ?
Ce livre est jugé libérateur parce qu’il remet en cause un idéal qui peut peser sur les femmes au quotidien. Il permet de prendre du recul sur les normes de beauté et d’appartenance sociale. Dans la pratique, il aide à comprendre que ne pas correspondre à ce modèle ne signifie pas être “moins bien”.
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