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"Donner un second souffle aux relations franco-allemandes" entretien avec Peter Ammon, nouvel ambassadeur d’Allemagne en France

par Pierre Janin et Laurent Leblond

lundi 3 septembre 2007

PARISBERLIN : Quelles sont vos priorités en arrivant en France ?

Peter Ammon : Je souhaite donner un second souffle aux relations franco-allemandes. Chacun sait qu’elles ont connu depuis les années soixante un développement extraordinaire et exemplaire, véritablement unique au monde. Or l’oeuvre de réconciliation portée par toute une génération de Français et d’Allemands qui ont fait preuve d’un formidable engagement s’est accompagnée d’une avancée progressive du dossier européen vers le devant de la scène. Je crois donc que nous sommes aujourd’hui face à une situation nouvelle qui offre de nombreuses perspectives. Ayant consacré une partie de ma carrière à l’économie internationale, je suis convaincu que nos deux pays n’ont pas encore trouvé de réponse définitive à certains enjeux : face au phénomène économique et culturel de la mondialisation, qui représente le défi de ce siècle, quelles sont les stratégies les plus adaptées et quelles réformes sont nécessaires  ? Nous nous posons encore beaucoup de questions mais je crois qu’ensemble, nous pouvons réussir.

Grâce à l’entente entre Paris et Berlin, la présidence allemande de l’Union européenne s’est achevée par un accord sur un nouveau traité. Depuis, les différends entre les deux pays se multiplient. Où en sont leurs relations ? La "refondation du couple franco-allemand" évoquée par Nicolas Sarkozy reste-t-elle nécessaire ? Avez-vous rencontré Nicolas Sarkozy récemment  ?

Nous espérons adopter le texte du nouveau traité européen dans très peu de temps, probablement lors du Conseil européen de Lisbonne en octobre prochain, et qu’il sera rapidement ratifié, au début de l’année prochaine. Cela signifie que la crise déclenchée par le non à la Constitution semble surmontée. Au Sommet de Bruxelles, qui a connu des moments dramatiques, la France a joué un rôle très important : pour sortir de la crise, Nicolas Sarkozy a apporté un soutien extrêmement positif à Angela Merkel, qui présidait le Conseil. Je suis très optimiste concernant les prochaines étapes. Mon optimisme s’étend également aux relations franco-allemandes qui, heureusement, sont excellentes. Dès le lendemain de ma prise de fonctions à Paris, Nicolas Sarkozy m’a invité à l’accompagner à l’exposition Anselm Kiefer au Grand Palais. Et lorsqu’il m’a reçu pour la présentation de mes lettres de créance, il m’a accordé beaucoup de temps. Nous n’avons pas eu une conversation purement protocolaire et diplomatique mais très concrète sur la politique qu’il mène et la coopération franco-allemande. J’aime beaucoup l’expression "refondation" dans ce contexte car elle laisse supposer qu’il est nécessaire d’approfondir et élargir la base de notre coopération, qui s’est montrée extrêmement solide et fiable par le passé, afin de l’adapter aux défis à venir. Ainsi, je partage le point de vue du président français : nous devons aller plus loin, ne pas dire que tout est réglé et que nous n’avons plus besoin de nouvelles initiatives. Nous devons au contraire réfléchir au rôle que la France et l’Allemagne peuvent jouer ensemble dans le monde et à de nouvelles avancées importantes.

Après la difficile répartition du pouvoir chez EADS, les divergences persistent sur la hausse du cours de l’Euro et le nationalisme économique. Comment rapprocher les positions ?

Il n’y a pas véritablement de divergence de fond. Quand nous examinons ensemble la situation, nous avons dans bien des cas la même conception. La présidence allemande de l’Union européenne a toujours dit que nous devions combattre les déséquilibres dans l’économie mondiale car ce sont eux qui créent à long terme des disparités sur le marché monétaire. Il convient de souligner ici que ces disparités ne sont pas dues à l’Union européenne, dont la balance des paiements courants est largement équilibrée. La France et l’Allemagne partagent également cette analyse. Nous avons d’ailleurs publié ensemble un communiqué dans ce sens à la fin du Sommet du G8 à Heiligendamm(1) appelant à une réduction des déséquilibres mondiaux. Nous sommes également d’accord sur le fait que la Banque centrale européenne doit pour ce faire conserver son indépendance. Concernant EADS, nous avons des raisons d’être optimistes. Nous avons résolu des problèmes politiques difficiles et fait un grand pas. Je conçois la double identité franco-allemande d’EADS comme l’expression de notre étroite coopération et comme une chance supplémentaire. Cette entreprise, j’en suis convaincu, poursuivra sur la voie du succès.

Étant donné les besoins énergétiques de l’Allemagne, la sortie progressive du nucléaire avec l’arrêt des centrales est-elle certaine ?

A l’automne 2005, lors de la formation de la grande coalition entre le SPD et la CDU actuellement au gouvernement, les partenaires politiques ont conclu un accord de coalition pour gouverner ensemble jusqu’à la fin de la législature, en 2009. Ce dernier prévoit l’abandon du nucléaire d’ici 2020. Je souhaite souligner à ce propos que le gouvernement de la République fédérale d’Allemagne a décidé, en concertation avec l’ensemble de ses partenaires européens, de promouvoir les énergies alternatives. Notre objectif commun consiste à ce que les énergies renouvelables représentent 20 % de notre production d’ici 2020.

Quelle est la situation des relations culturelles  ? De nouvelles initiatives relanceront- elles l’enseignement de l’allemand en France et du français en Allemagne ?

Il existe un grand intérêt pour la culture de l’autre pays. Au festival d’Avignon, où de nombreuses pièces de théâtre allemandes sont mises en scène, j’ai vu une pièce de Frank Castorf sur la vie de Céline. Les nombreux articles de journaux consacrés à Wagner, au festival de Bayreuth et à d’autres spectacles montrent également l’importance de la culture allemande en France. De même, les multiples manifestations culturelles à Paris et tout ce qui se passe en France intéressent beaucoup les Allemands et attirent leur sympathie. Concernant les langues, les gouvernements précédents de nos deux pays ont toujours encouragé leur apprentissage. Vous avez en France un nouveau gouvernement dont le Premier ministre François Fillon a fait de gros efforts pour la promotion de l’allemand en France lorsqu’il était ministre de l’Éducation nationale. J’espère que ces efforts seront poursuivis. En Allemagne, 35% des élèves apprennent le français alors qu’en France, seuls 15% d’entre eux suivent des cours d’allemand. Il ne faut pas oublier que l’allemand demeure la langue maternelle la plus parlée en Europe, loin devant l’anglais.

Quels sont vos liens personnels avec la France ?

Je suis venu plusieurs fois en France, avant même le début de ma carrière professionnelle. Du fait de ma curiosité à l’égard de la France et de mon goût pour la cuisine française, j’ai notamment suivi des cours de cuisine à Dijon en 1977. Imaginez-vous qu’à l’époque, j’ai même rêvé d’ouvrir un restaurant en Provence pour y servir de la ratatouille, mon plat préféré. Mais plus sérieusement, j’ai finalement opté pour la diplomatie qui, elle aussi, m’a permis de nouer des contacts avec la France et la civilisation française. Pendant plusieurs années, j’ai ainsi été délégué du ministère fédéral des Affaires étrangères auprès de l’Agence spatiale européenne, ce qui m’a donné l’occasion de me rendre régulièrement à Paris. En outre, j’ai découvert la francophonie lors de mon séjour au Sénégal, où j’ai été nommé conseiller chargé de la politique culturelle et de développement à l’ambassade d’Allemagne à Dakar.

Propos recueillis en juillet par Pierre Janin et Laurent Leblond(1)

L’Allemagne préside le G8 pendant toute l’année 2007. Le Sommet du G8 réunit chaque année les sept pays les plus riches du monde (Allemagne, Canada, États-Unis, France Italie, Japon, Royaume-Uni) ainsi que la Russie.

Resümee Ich möchte den deutsch-französischen Beziehungen neuen Schwung verleihen... Mit dem Werk der Versöhnung, das von einer ganzen Generation Deutscher und Franzosen mit großartigem Engagement geleistet wurde, rückten nach und nach Fragen der Europapolitik in den Vordergrund. Ich denke also, dass wir heute vor einer neuen Situation stehen, die viele Perspektiven bietet. Als mich Nicolas Sarkozy anlässlich der Übergabe meines Beglaubigungsschreibens empfing, nahm er sich viel Zeit. Wir führten kein rein protokollarisches und diplomatisches Gespräch, sondern unterhielten uns sehr konkret über seine Politik und über die deutsch-französische Zusammenarbeit. Mir gefällt in diesem Kontext der Begriff „Neubegründung“ sehr gut, weil er die Notwendigkeit beschreibt, die Grundlagen unserer Zusammenarbeit, die sich in der Vergangenheit als äußerst solide und zuverlässig erwiesen haben, zu vertiefen und zu verbreitern, um sie auch für die bevorstehenden Herausforderungen tragfähig zu machen. Aus dem I nterview mit Dr. Peter Ammon, dem Botschafter der Bundesrepublik Deutschland in Frankreich

Propos recueillis par Pierre Janin et Laurent Leblond

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