Klaus Wowereit a fait de la tolérance et de l’ouverture au monde son credo
par Pierre Girard
Le maire de Berlin ouvrira début octobre les festivités à Paris. Egalement plénipotentiaire pour les relations culturelles franco-allemandes, Klaus Wowereit a fait de la tolérance et de l’ouverture au monde son credo.
PARISBERLIN : Quel sens entendez-vous donner aux 20 ans du Pacte d’amitié et de coopération entre Berlin et Paris ?
Klaus Wowereit : Je vois cet anniversaire comme une contribution très importante aux relations franco-allemandes. A côté des échanges amicaux entre nos deux pays, il est essentiel qu’il y ait aussi des partenariats entre les deux métropoles, Paris et Berlin, pour étendre nos relations, au-delà du caractère officiel entre les Etats, à tous les domaines de la vie. En ce qui concerne la culture, la jeunesse, les universités, les sciences en général, de même que l’économie, des échanges doivent avoir lieu entre les deux pays, mais aussi entre les deux villes. Notre partenariat a pour objectif de les organiser et de les soutenir.
Entretenez-vous, dans ce cadre, des relations régulières avec la mairie de Paris ?
C’est l’un de nos partenariats les plus actifs. Bertrand Delanoë a été élu en 2001, j’ai aussi été élu en 2001. Nous travaillons vraiment bien ensemble. Du point de vue des collaborateurs également, les relations sont excellentes. Cette entente me permet d’envisager et de développer de nouveaux projets avec Paris.
Cet échange rejoint-il vos fonctions de plénipotentiaire pour les relations culturelles franco-allemandes, que vous occupez depuis janvier ?
Désormais, j’ai en effet deux raisons de me rendre à Paris. D’une part, pour rencontrer les ministres compétents dans les domaines de la Culture, de l’Enseignement supérieur, de l’Education nationale et des Affaires européennes. En tant que plénipotentiaire, je représente alors tous les Länder, ainsi que la République fédérale, pour les questions culturelles qui relèvent traditionnellement de la compétence des Länder en Allemagne. D’autre part, pour rencontrer le maire, dans le cadre du partenariat de nos villes.
En tant que plénipotentiaire, quels ont été vos premiers contacts avec le nouveau gouvernement français ?
Avec la ministre de la Culture, Christine Albanel, nous nous sommes récemment rendu au Festival d’Avignon, où nous avons notamment participé à un débat sur la politique culturelle européenne. Auparavant, nous avions tenu une rencontre bilatérale, avec les cabinets français. Avant les élections, en décembre dernier, j’avais déjà pris part à la rencontre des recteurs et des ministres en charge de la formation des différents Länder, de même qu’à la conférence des ministres de la Culture, à Berlin.
Comment avez-vous accueilli l’initiative du Bade-Wurtemberg pour imposer le français comme première langue obligatoire au Gymnasium ?
J’ai trouvé que c’était une initiative courageuse. Les juges en ont cependant décidé différemment. Cela prouve en tout cas que nous devons encourager très fortement l’apprentissage du français. C’est aujourd’hui très difficile. A l’échelle mondiale, l’anglais est considéré comme la langue que l’on doit apprendre. Nous ne pouvons rien y changer. Il est malgré tout capital d’apprendre la langue du partenaire, l’allemand en France et le français en Allemagne.
Etes-vous personnellement motivé pour apprendre le français ?
J’ai eu des cours de français à l’école. Mais pas suffisamment longtemps. Sans pratique, c’est très difficile. Je comprends quelques mots et je peux dire deux ou trois phrases, mais cela ne suffit pas pour tenir une conversation. Je le regrette, car je trouve que le français est une langue magnifique.
A titre personnel, vous allez publier cet automne votre autobiographie. Que souhaitez-vous dire à travers ce livre ?
Beaucoup se demandent quelle est l’utilité de publier aujourd’hui une autobiographie. Je crois qu’après cinquante ans, j’ai déjà franchi une étape. Mon histoire est représentative d’une génération pour laquelle les événements personnels et familiaux, de même que les événements sociopolitiques ont joué un rôle particulièrement important. La politique de réformes de Willy Brandt m’a beaucoup influencé. Elle a rendu ma carrière possible. Dans le livre, je fais constamment le parallèle entre ces événements personnels et politiques, en me demandant les raisons pour lesquelles je suis devenu l’homme que je suis aujourd’hui.
Poussez-vous le parallèle avec Willy Brandt jusqu’à sa carrière à l’échelle fédérale, lorsqu’il a quitté le mandat de maire de Berlin pour devenir chancelier ?
Mon credo en politique consiste à dire qu’on ne peut pas planifier sa carrière. Il y a des situations dans lesquelles sa carrière peut évoluer. On doit alors avoir le courage de les saisir, de se manifester, avoir l’envie d’entrer dans le ring. Ma devise est toujours : Fais bien ton travail et tout le reste viendra de lui-même.
Propos recueillis par Pierre Girard.


Le Magazine
Die Zeitung