Publié le 25/09/2009 17:07:00
Inutile de revenir sur le
fond du débat qui par instant étonne de légèreté… Comment, par exemple, pouvez-vous écrire que
“l’ouverture du mur en novembre 89 n’est pas un événement historique important” au seul prétexte que 13 000
Allemands de l’Est seraient passés par la frontière austro-hongroise fin août 89 avec la bénédiction de Mickaël
Gorbatchev et de Miklos Nemeth ? Comment pouvez-vous nier l’extraordinaire dimension symbolique de la Chute du Mur pour des millions de personnes qui
fait qu’aujourd’hui partout dans le monde on célèbre cet événement comme un des
plus importants du
siècle passé ? Comment pouvez-vous remettre en cause la bonne volonté des Allemands sur le sujet de la réunification alors
même que vous reconnaissez la grandeur du
Chancelier Kohl qui donna une réponse positive aux exigences de François Mitterrand ?
Enfin, que
dire de cet appel au démonisme allemand ? Le Démon a t-il une nationalité ? Et si tel était le cas, Hitler
n’était-il pas en premier lieu autrichien ? Vous sous-entendez que l’Ambassadeur nierait les horreurs de la période 33 - 45, est-ce
bien connaître l’actualité de ce pays, et le travail de mémoire
mené aujourd’hui encore par les Allemands et
leurs ambassades ? Quand la France n’en fait
quasiment aucun face à la complicité qui n’était pas seulement passive
du gouvernement
de Vichy, ou encore face aux atrocités de la Guerre d’Algérie ? etc… Il nous semble inutile de nous
étendre plus sur vos arguments rapides, et racoleurs, qui réveillent et travaillent l’anti-germanisme primaire de nombre de nos
compatriotes. Ce serait vous donner beaucoup trop de valeur.
Mais au-delà de cela, et de vos arguties, de ce ton volontiers populiste et
démagogique qui est le vôtre, ce qui me choque le plus dans votre tribune, et avec moi nos lecteurs qui ont été nombreux à
se manifester, c’est le ton insultant et méprisant qui est le vôtre dans ce débat et notamment que vous puissiez du haut de votre
Editorial vilipender l’Ambassadeur d’Allemagne à Paris en l’accusant comme un petit garçon “d’aligner contre-
vérités et maladresses diplomatiques”. Par
ces mots, vous mettez en cause sa personne et sa fonction ; et par là vous
remettez en question des années à restaurer le respect entre nos deux pays, entre nos deux chancelleries, entre nos deux peuples. Et les
efforts faits de part et d’autre du Rhin pour que la réconciliation dont l’Europe a tant besoin soit pleine et entière. Seule
petite consolation dans cette piètre polémique : vous nous faites sentir combien au quotidien notre travail, à nous au magazine, continu
d’être nécessaire, et tant indirectement qu’involontairement, vous justifiez notre utilité. Alors pour conclure et par
politesse je vous en remercie, mais par honnêteté j’ajoute, que non vraiment non, nous n’avons pas besoin de vous pour continuer.
Dieu et Démon nous en préservent.
* Cf. Editorial de J. Attali paru le 30 juillet dans l’Express ;
la réponse de
l’Ambassadeur d’Allemagne dans le numéro 3033 de l’Express ; et enfin
celle de J. Attali
à cette dernière parue dans l’Express du 27 août 2009.
Olivier Breton, Directeur de la publication
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