“L’Allemagne, un pays très ouvert, accueillant et sympa"
propos recueillis par Claire-Lise Buis
Claude Martin, ambassadeur de France en Allemagne depuis avril 1999, a assisté des tribunes à la Coupe du monde de football. Mais après le jeu, les affaires sérieuses. Paris-Berlin s’est entretenu avec le diplomate sur l’été passé et les dossiers européens de la rentrée.
La finale France-Allemagne n’a pas eu lieu mais la République fédérale a connu, avec la Coupe du monde, une euphorie footballistique sans précédent. Comment avez vous vécu l’événement ? Ce fut un mois de fête et je le dis personnellement - parce que j’aime le foot - mais aussi professionnellement. J’ai pu voir des stades magnifiques, des villes joyeuses, un pays exubérant. Les manifestations organisées autour des matchs, la sécurité : tout s’est déroulé parfaitement et je pense que la France peut s’inspirer de cette réussite pour la Coupe du monde de rugby, qui va se déroulerchez nous. Je me suis aussi, bien sûr, réjouis du parcours exceptionnel des Bleus et du soutien que leur ont apporté les Allemands. Alors que je voyageais dans un train revenant de Leipzig, j’ai suivi avec beaucoup d’émotion la conversation de deux jeunes Allemands qui venaient d’assister au match France-Corée. Ils se sont entretenus pendant une bonne demi-heure de Zidane avec tellement d’admiration ! Après la finale, nous avons reçu des messages formidables et de notre côté, nous avons vibré aussi pour l’équipe d’Allemagne. Une sympathie mutuelle fantastique.
Les succès de la Mannschaft ont, affirme-t-on, permis à l’Allemagne deretrouver un sentiment national jusqu’alors tabou. Qu’en pensez-vous ? Je parlerais plutôt de fierté nationale. Un ami de Munich, avec lequel je n’avais plus de contacts depuis longtemps, m’appelle un jour et me dit au téléphone : “tu as vu, même nous, nous avons mis des drapeaux à nos fenêtres !”. Il avait refusé de faire son service militaireet passé quelque temps à l’étranger, parce qu’il gardait autrefois une forme de complexe identitaire. Les Allemands n’avaient alors le droit d’être fiers que de leurs voitures, de leur miracle économique et de leurs prix Nobel. C’est différent aujourd’hui, même si la redécouverte de la fierté nationale a été, en fait, progressive. Avant la Coupe du monde, il y a eu l’exposition de Hanovre ou des manifestations culturelles comme l’année Goethe,qui avaient aussi contribué à ce phénomène. Les Allemands se sont au fil des années réconciliés avec eux-mêmes et la nouveauté, c’est qu’ils le disent.
L’Allemagne a-t-elle changé, emportée par une vague d’optimisme ? Et l’image de l’Allemagne en France ? C’est vrai que la morosité des années précédentes est un peu oubliée. L’enthousiasme sportif a créé un mouvement d’unanimité. Globalement, les Allemands voient la réussite de l’événement comme un effort commun. Vu de l’extérieur, l’Allemagne est maintenant perçue comme un pays très ouvert, accueillant et sympa. Les Français qui sont venus ici ont oublié les préjugés sur leurs voisins. Ils ont découvert des paysages magnifiques et des gens qui savent s’amuser.
Avec l’automne viennent les rencontres plus “sérieuses” sur le plan diplomatique. Comment la France et l’Allemagne vont-elles travailler dans les dossiers européens en suspens comme l’avenir de la constitution européenne ?Avant que l’Allemagne, en 2007, puis la France l’année suivante neprésident l’Union européenne, c’est la Finlande qui a les commandes du Conseil européen. Pour les futures présidences, nous sommes donc encore dans une phase de réflexion. Cela étant, il est clair que les Allemands vont s’efforcer de faire avancer l’Europe, en tenant compte de la nécessité qu’a toute présidence de rapprocher les points de vue et de dégager des compromis.
Etes-vous confiant sur l’avenir du couple franco-allemand ? Je n’ai aucun doute, car quels que soient les choix politiques des uns et des autres, ce qui est bon pour l’Allemagne est bon pour la France et inversement. S’il y a un “effet Coupe du monde” sur le plan de la croissance, il profitera à nos deux pays. C’est le résultat du travail accompli pendant cinquante ans. Nos économies sont solidaires, notre coopération est étroite et touche tous les domaines. Nous n’avons pas d’autre choix que de nous accorder.
Quelles sont, selon vous, les priorités du dialogue aujourd’hui ? Nous avons deux soucis principaux. Tout d’abord, trouver des réponses communes à des problèmes sociaux comparables : la violence dans les quartiers défavorisés ou à l’école, l’immigration, l’équilibre des comptes sociaux. En matière de politique d’intégration,nous regardons de très près ce qui se fait des deux côtés du Rhin et nous partageons nos expériences. Les Allemands observent les difficultés françaises et réciproquement. On se dit de part et d’autre : “ça pourrait nous arriver”. Autre exemple : l’ambassade vient de réaliser un tableau très précis de la réforme de la santé programmée par le gouvernement allemand à l’intention des administrations compétentes à Paris. Notre deuxième grand défi, c’est de faire face ensemble aux conséquences de la mondialisation économique, en constituant notamment des “champions industriels”. Il faut arrêter de jouer à qui perd gagne, abandonner les fantasmes sur la supériorité de la France ou de l’Allemagne pour rendre les mariages possibles.
Des exemples d’expériences réussies ? Au moment du rachat d’Aventis, une entreprise franco-allemande, par Sanofi, on a entendu certaines voix critiques. Mais Sanofi-Aventis est aujourd’hui performante. Quand Siemens se charge des transports “Val” à Lille ou à Paris, on doit pouvoir se réjouir. Il faut que Français et Allemands soient forts pour peser davantage dans le marché mondial.
EADS fait également partie des grandes entreprises emblématiques de la coopération franco-allemande mais a connu quelques soubresauts ces derniers mois. Le système de management binational au plus au niveau a été remis en cause par certains. Qu’en pensez-vous ? C’est la double direction qui permet à EADS d’exister. Je dirais même qu’il faut d’autres EADS en Europe. Dans plusieurs autres secteurs, nous aurions tout à gagner à dépasser les clivages qui demeurent et à trouver des solutions ingénieuses à la manière d’EADS. Je crois au 50/50 et aux alliances européennes. Pas besoin d’aller chercher des partenaires très loin. Quant aux difficultés du groupe,je pense qu’elles n’ont rien à voir avec son identité franco-allemande. Les problèmes de management et de surveillance entre les différentes structures existent dans toutes les grandes entreprises.
Face à tous ces défis franco- allemands, comment voyez-vous votre parcours personnel ? Savez-vous où les chemins vous mèneront après Berlin ? Voilà huit ans que je suis en Allemagne. La relation franco-allemande est au coeur de notre action européenne et internationale. Même si l’Allemagne n’est pas encore représentée au conseil de sécurité, nous avons des consultations permanentes sur tous les sujets. Le poids de l’Allemagne est de plus en plus important dans l’action extérieure de la France. L’Allemagne appartient au cercle des nations qui jouent un rôle dans les tous grands dossiers internationaux. On ne peut que s’en réjouir, car cela contribue au dynamisme du moteur franco-allemand. Rendre compte de la sensibilité allemande, passer les messages, faciliter la compréhension mutuelle pour permettre l’unité d’action tout cela est passionnant. Il y a peu de postes diplomatiques qui soient aussi intéressants !
RESUMEE : „Ein sehr offenes, gastfreundliches und sympathisches Land.“ Claude Martin ist seit April 1999 französischer Botschafter in Deutschland. Paris-Berlin sprach mit dem Diplomaten über die heiteren Spiele der WM und über die anstehenden ernsten Angelegenheiten.
„Das war ein Festmonat. Ich sah großartige Stadien, glückliche Städte, ein überschäumendes Land. Von außen betrachtet wird Deutschland jetzt als ein sehr offenes, gastfreundliches und sympathisches Land wahrgenommen.“
„Wir müssen gemeinsame Lösungen für vergleichbare soziale Probleme finden - die Gewalt in problematischen Wohnvierteln und in der Schule, die Integration von Einwanderern, das Defizit der Sozialkassen - und wir müssen gemeinsam mit den Auswirkungen der wirtschaftlichen Globalisierung fertig werden.“
„Wir brauchen mehr Unternehmen wie EADS in Europa. Auch auf anderen Gebieten können wir nur gewinnen, wenn wir bestehende Vorbehalte überwinden. Ich glaube an paritätische Führungsverantwortung und an europäische Allianzen.“


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