Le nouveau patron d’Airbus
par Jacques Boutelet
Nouveau patron d’Airbus : Christian Streiff, un familier du ciel franco-allemand.
Depuis les changements intervenus cet été à la tête d’EADS, Christian Streiff est le nouveau patron d’Airbus. Ce n’est pas son premier contact avec le ciel franco-allemand : un brevet de pilote privé lui a déjà permis de sillonner le ciel entre les deux pays aux commandes de son piper monomoteur.
Mais il possède bien d’autres atouts. Christian Streiff a passé 25 années chez Saint-Gobain, dont onze Outre-Rhin. Né à Sarrebourg, en Moselle, voici 51 ans, il est bilingue ; ce qui facilitera ses rapports avec le coprésident allemand d’EADS. Une tête de rugbyman au menton carré, travailleur impressionnant, il n’accepte pas la soumission, ou la docilité face à ses supérieurs hiérarchiques. Pendant la réunification de l’Allemagne, alors qu’il dirigeait la filiale allemande de Saint-Gobain, il s’est battu contre la présidence de son groupe pour racheter une entreprise en RDA installée à Osbach. L’histoire s’est terminée douloureusement.
Elle a marqué Christian Streiff et lui a inspiré un livre intitulé Kriegspiel.
Récit politique, essai économique, roman, Kriegspiel est tout à la fois. C’est l’affrontement de deux systèmes : le capitalisme et le socialisme de part et d’autre du rideau de fer et du mur hermétique qui sépare l’Allemagne en deux. D’un côté l’opulence,le confort, la libre concurrence, le profit et aussi le chômage ; de l’autre, le dirigisme, la planification, la bureaucratie, l’obsolescence et le plein emploi. Bien que l’idée de “perestroïka” lancée par Gorbatchev chemine et s’étend à tous les pays de l’Est. C’est dans cet environnement que le “camarade dirigeant” d’une entreprise de fibres textiles d’Allemagne de l’Est vend son âme au “diable” pour sauver son usine moribonde. Il s’adresse à un groupe de RFA. Après des contacts houleux, une complicité, une estime et une amitié va naître avec son homologue occidental : un jeune directeur exigeant et autoritaire, mais entreprenant et sincère. On devine l’auto-portait de Christian Streiff.
Pendantles laborieuses négociations qui s’apparentent à un saut d’obstacles,le mur de Berlin s’écroule, le régime est-allemand explose. C’est la confusion, la chasse aux sorcières. Les aparatchicks ne songent qu’à sauver leur peau. Tout est gelé. Le pays va disparaître. Mais surtout, les usines est-allemandes ne valent plus un sou et les marchés se sont envolés.
Le jeune Pdg de l’Ouest tente de valoriser et de respecter l’accord qui allait être conclu avec son confrère de l’ex RDA. En vain. Il ne pourra s’opposer au rouleau compresseur de son puissant groupe qui va laminer et démanteler l’entreprise de textile pour mieux l’avaler.
Un récit captivant. Des portraits minutieux et pittoresques. La description sans concession d’un pays “triste et gris” qui agonise.
Une critique sans complaisance des méthodes de management de certains grands dirigeants qui, le cigare aux lèvres et les yeux fixés sur les courbes de rendement, ne s’embarassent pas de sentiments envers les femmes et les hommes constituant “le patrimoine de l’entreprise”. Du vécu.


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