Interview : Daniel Cohn-Bendit
Paris-Berlin : Quels sont vos arguments forts pour convaincre les Français de voter "oui" au référendum sur sur la Constitution européenne ?
Daniel Cohn-Bendit :Il faut voter "oui" si nous voulons que notre système politique et social tienne le choc et apporte un réel contrepoids à la mondialisation, car l’objectif de la Constitution n’est pas une Europe libérale mais l’economie sociale de marché. Elle renforce l’Union, lui permet de défendre ses intérêts dans le monde et de le rééquilibrer. Sinon, l’égoïsme nationale, qui a triomphé au sommet de Nice (décembre 2000), se renforcera et toute initiative de l’Europe échouera, car le débat sur le budget européen sera bloqué.
Quelles seraient les conséquences d’une victoire du "non" au référendum du 29 mai, avant un probable "non" britannique en 2006 ?
Les britanniques, qui aiment bien embêter les Français, sont capables de dire "oui". Blague à part, un "non" français bloquera la Constitution. L’Europe continuera à fonctionner, mais avec le traité de Nice et toutes ses possibilités de blocage. Elle sera affaiblie politiquement et divisée. Le "non" français sera illisible, avec ses composantes souverainistes, progressistes et "ultrafédéralistes". Comme la Charte des droits fondamentaux et la Charte sociale ont été très difficles à obtenir, le Royaume-Uni ayant refusé de signer cette dernière, l’Europe devra se résigner à devenir un marché avec peu de gouvernement économique. Ce sera la victoire d’une Europe intergouvernementale non démocratique.
Vous dîtes souvent que le rejet de la Constitution européenne "ferait le jeu des Etats-Unis, qui sont contre l’unité Européenne". Que pensez-vous des relations actuelles entr Paris, Berlin et Washington ?
L’image était très intéressante quand Georges Bush a été reçu à Bruxelles le 22 février dernier. Il a rencontré le président de la Commission, le Président du Conseil puis 25 chefs d’Etat : pour parler à l’Europe, il a dû serrer 27 mains. Il se déclare pour une Europe plus forte, mais son intérêt est de pouvoir la diviser comme il veut, résultat plus facile à atteindre avec le traité de Nice. L’Allemagne et la France tentent de manière plus pathétique de survivre, donc de montrer leur existence autonome face aux Etats-Unis. Parfois leur action commune est complètement folle : quand Schröder et Chirac prennent l’initiative de lever l’embargo sur l’exportation d’armes en Chine pour contrer Washington, ils font fausse route. Même la France et l’Allemagne ensemble-sans parler de chacune isolément-ne peuvent tenir tête à l’Amérique.
En Allemagne et en France, la montée du chômage et de la pauvreté est souvent attribuée à la mondialisation et à "une Europe libérale" ...
Face à une restructuration économique et technologique incroyable, notre système de production est à la fois victime et bénéficiaire de la mondialisation. L’Europe n’est pas resposable de cette situation, puisque certains pays de l’Union s’en sortent mieux que d’autres. L’Allemagne paie le coût de l’unification et transfère chaque année 80 milliards d’Euro de l’Ouest à l4est, sinon elle disposerait d’une manne d’investissements publics de 30 à 40 milliards d’Euro. L’allemagne se modernise en assurant une égalisation sociale presque complète : les retraites de l’Est du pays, où les gens n’ont jamais cotisé, sont inférieurs de 5% à celles de l’Ouest. Vous avez un effort incroyable demandé aux Allemands, mais pas aux Français.
Que proposez-vous en matière d’emploi ?
Je veux mettre Keynes à Bruxelles pour permettre à lUnion de financer par la Banque Européenne d’Investissements (BEI) la modernisation de plusieurs secteurs : les chemins de fer, la communication, l’énergie renouvelable, l’industrie écologique, la recherche et l’enseignement. Il faut aussi traiter la maladie endémique du capitalisme financier aujourd’hui, la rentabilité immédiate et absolue qui est contre-productive et étrangle l’entreprise. Seules les mesures fiscales européennes limiteront sa folie et redonneront une chance à l’investissement et donc à l’entreprise. Si l’Union européenne prenait cette tâche à bras le corps, elle pourrait agir sur la mondialisation, en reprenant la taxe Stobin, fondée sur une idée juste. En effet, plus les grandes entreprises licencient , plus leurs bénéfices sont énormes, ce qui rend les gens fous. C’est le contraire d’un capitalisme social et de l’objectif de la Constitution. Si le "non" l’emporte le 29 mai, il sera impossible de renégocier un traité plus social et l’Union risque de se désintégrer. Les gens diront : "Sortons de l’Euro, sortons de l’Europe, puisqu’elle ne veut pas faire ce que l’on veut."
Avant les élections régionales du 22 mai en Rhénanie du Nord-Westphalie, que pensez-vous de la situation politique en Allemagne ? La coalition au pouvoir à Berlin peut-elle rebondir ?
Il est difficile d’envisager une victoire de la coalition rouge-verte le 22 mai. De plus, la droite a de grandes chances de revenir au pouvoir en Allemagne dans un an. Ce n’est pas avec alle que les partisans du "non" en France négocieront une Europe anti-libérale. Les Verts restent un parti écologique et social, et le plus fort des petits partis politiques. Grand parti populaire, le SPD perd toute une partie de son électorat.
Que trouvez-vous de plus passionnant à Paris et à Berlin ?
Dans la tradition française, je trouve passionnante l’intensification de la réflexion sur l’évolution politique. C’est le côté positif de cette dynamique contre les pouvoirs en place et pour le "non" à la Constitution, à gauche. Depuis le choc du 21 avril 2002, la crise du politique continue. C’est explosif et dangereux mais cela permet une réelle ouverture du débat sur la place du politique. A paris, en France, le rythme culturel reste à un niveau normal, sans être extraordinaire. Berlin est une ville qui se cherche, dont la vitalité exceptionnelle s’exprime par exemple dans le renouveau du cinéma allemand.
Paris-Berlin : Welche starken Argumente haben Sie, um die Franzosen davon zu überzeugen, beim Referendum über die EU-Verfassung mit Ja zu stimmen ?
Daniel Cohn-Bendit : Wir müssen für die europäische Verfassung stimmen, wenn wir wollen, dass unser politisches und gesellschaftliches System standhält und ein echtes Gegengewicht zur Globalisierung bildet ; denn ihr Ziel ist kein Europa des Liberalismus, sondern die soziale Marktwirtschaft. Die Verfassung stärkt die Union und ermöglicht es, ihre Interessen in der Welt zu verteidigen und das Gleichgewicht wieder neu herzustellen. Anderenfalls würde der nationale Egoismus gestärkt, wie beim Gipfeltreffen in Nizza (Dezember 2000) und jegliche Initiative Europas würde scheitern, weil die Debatte um den EU-Haushalt blockiert wäre.
Was wären die Konsequenzen, wenn das Nein beim Referendum am 29. Mai gewinnt, noch vor einem möglichen Nein Großbritanniens 2006 ?
Die Briten sind fähig, Ja zur EU-Verfassung zu sagen, nur um die Franzosen zu ärgern. Scherz beiseite, ein Nein seitens Frankreichs würde die Verfassung blockieren. Europa würde weiterhin funktionieren, aber unter den Voraussetzungen des Vertrages von Nizza mit allen Blockierungsmöglichkeiten. Europa wäre politisch geschwächt und gespalten. Ein französisches Nein wäre unerhört, mit all seinen souveränen, progressiven und „ultraföderalistischen“ Komponenten. Da die europäische Grundrechts- und die Sozialcharta sehr schwer durchzusetzen waren und Großbritannien sich weigerte, letztere zu unterzeichnen, müsste sich Europa damit abfinden, ein Markt mit wenig wirtschaftlicher Führung zu werden. Es wäre der Sieg eines zwischenstaatlichen, nicht demokratischen Europas
Sie behaupten oft, dass eine Ablehnung der EU-Verfassung „ganz im Interesse der Vereinigten Staaten sei, die gegen die europäische Einheit sind“. Was denken Sie über die derzeitigen Beziehungen zwischen Paris, Berlin und Washington ?
Es war sehr interessant zu sehen, wie George Bush am 22. Februar dieses Jahres in Brüssel empfangen wurde. Er hat den Kommissions- und den Ratspräsidenten sowie 25 Staatschefs getroffen : um das Wort an Europa zu richten, musste er 27 Hände schütteln. Er erklärt sich für ein stärkeres Europa, aber sein eigentliches Interesse ist es, Europa nach seinen Vorstellungen zu spalten ; ein Ergebnis, das mit dem Vertrag von Nizza leichter zu erreichen ist. Deutschland und Frankreich bemühen sich feierlich ihre Autonomie gegenüber den Vereinigten Staaten zu behaupten. Manchmal ist ihre gemeinsame Aktion völlig verrückt : wenn Schröder und Chirac die Initiative ergreifen das Waffenembargo gegen China aufzuheben, um sich gegen Washington aufzulehnen, sind sie auf dem falschen Weg. Selbst Deutschland und Frankreich zusammen - von einem allein ganz zu schweigen - können Amerika nicht die Stirn bieten.
In Deutschland und Frankreich wird die wachsende Arbeitslosigkeit und Armut oft der Globalisierung und einem „Europa des Liberalismus“ zugeschrieben...
Angesichts unglaublicher ökonomischer und technologischer Umstrukturierungen ist unser Produktionssystem zugleich Opfer und Nutznießer der Globalisierung. Europa ist für diese Situation nicht verantwortlich, denn einige Länder der Union kommen damit besser zurecht als andere. Deutschland zahlt den Preis für die Wiedervereinigung und lässt jährlich 80 Milliarden Euro von West nach Ost fließen, ansonsten würde Deutschland über ein öffentliches Investitionsvermögen von 30 bis 40 Milliarden Euro verfügen. Deutschland modernisiert sich, indem es eine fast vollständige soziale Gleichheit garantiert : die Renten im Osten des Landes, wo kein Beitrag gezahlt wurde, sind um 5% niedriger als im Westen. Von den Deutschen wird eine enorme Anstrengung gefordert, nicht so von den Franzosen.
Was schlagen Sie bezüglich des Arbeitsmarktes vor ?
Ich möchte Keynes nach Brüssel bringen, um der Union zu erlauben, dass sie mit Hilfe der Europäischen Investitionsbank (EIB) die Modernisierung verschiedener Sektoren finanziert : Schienenverkehr, Kommunikation, erneuerbare Energien, ökologische Industrie, Forschung und Bildung. Man muss ebenfalls die anhaltende Krankheit des Finanzkapitalismus behandeln, denn die sofortige und absolute Rentabilität ist kontraproduktiv die erstickt die Unternehmen. Einzig europäische Steuergesetz-Maßnahmen würden den Wahnsinn stoppen und der Investition, also den Unternehmen, wieder eine Chance geben. Wenn die EU diese Aufgabe fest anpacken würde, könnte sie auf die Globalisierung einwirken, indem sie die Tobin-Steuer, die auf einer richtigen Idee basiert, noch einmal überdenkt. Denn in der Tat, je mehr Arbeitsstellen die großen Unternehmen streichen desto größer ist ihr Gewinn und das macht die Menschen wütend. Es ist das Gegenteil eines sozialen Kapitalismus und ebenso des Ziels der EU-Verfassung. Wenn das Nein am 29. Mai gewinnt, wird es unmöglich sein, einen sozialeren Vertrag neu auszuhandeln und die Union läuft Gefahr auseinander zufallen. Die Leute werden sagen : „Lasst uns aus der Währungsunion und aus Europa aussteigen, denn die EU ist nicht fähig, unsere Ziele zu erreichen“.
Was denken Sie über die politische Situation in Deutschland vor den Landtagswahlen in Nordrhein-Westfalen am 22. Mai ? Kann die amtierende Koalition in Berlin wiederaufleben ?
Es ist schwer, einen Sieg der rot-grünen Koalition am 22. Mai vorherzusehen. Noch dazu hat die Rechte große Chancen in einem Jahr wieder an die Macht zu kommen. Die Befürworter des Nein in Frankreich werden nicht mit dem rechten Lager über ein antiliberales Europa verhandeln. Die Grünen bleiben weiterhin eine ökologische und soziale Partei und darüber hinaus die stärkste aller kleinen Parteien. Die SPD als große Volkspartei wird einen erheblichen Teil ihrer Wählerschaft verlieren.
Was fasziniert Sie am meisten an Berlin und an Paris ?
In der französischen Tradition begeistert mich die Intensivierung der Reflexion über die politische Entwicklung. Das ist die positive Seite der Dynamik gegen die regierende Macht und für das Nein zur EU-Verfassung im linken Lager. Seit dem Schock des 21. April 2002 hält die politische Krise an. Das ist sehr brisant und gefährlich, aber es erlaubt eine wahre Öffnung der Debatte um die Stellung der Politik. In Paris und in ganz Frankreich bleibt der kulturelle Rhythmus auf einem normalen Niveau, ohne außerordentlich zu sein. Berlin ist eine Stadt auf der Suche nach sich selbst und die außergewöhnliche Vitalität äußert sich beispielsweise in dem großen Erfolg des deutschen Films.


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